Handi Cap Evasion

Djebel Saghro

Rubrique: Reportages 20 janvier 2011

Une première pour Handi Cap Evasion : une fin d’année dans le Djebel Saghro, au Sud Maroc. Notre conteur (Bernard) s’est transformé en joëlette. Laissez vous guider...

Pouah !! Des heures que je suis muselée par cet infâme carton scotché par le grand viking ! Des heures que je me trimbale, cramponnée sur le minibus piloté par un Vatanen de l’Atlas en burnous ! Enfin, de l’air frais, très, très frais ! Quel bonheur de détendre mes élégants brancards ! Quoi ? Qu’est-ce qu’ils ont mes brancards ? (air connu) Comment ça, ils sont tout rapetassés, la peinture écaillée ? Sachez, braves gens que chacune de mes blessures est un éclat de rire, un moment de bonheur intense, une aventure ! Laissez moi vous conter la dernière.

Nous sommes arrivées, mes copines et moi-même, par un froid piquant dans un pays réputé pour sa chaleur ! Que nenni, nous dit Youssef, le patron de l’équipe locale, ici, le froid fend les pierres mieux qu’au fin fond du Cantal ! Et des pierres, ici, il y en a . . . à perte de vue ! Mais, je ne me suis pas présentée : je suis « Joëlette N°5 », la plus ancienne du lot, je commence à avoir de la bouteille ! Mes copines, les N° 8, 10 et 11 ont moins roulé leur bosse mais leurs abattis sont bien numérotés et surtout bien révisés par le grand viking. D’ailleurs, pour l’en remercier, nous nous sommes bien mises d’accord : pour un nouveau parcours comme le Djebel Saghro, on ne se dégonfle pas ! Les acacias, les ronciers et les coussins de belle mère pourront bien affûter leurs épines : on ne se dégonflera pas !

Et nos passagers dans tout ça ? Moi, je promène Myriam, un petit bout de femme qui chantonne souvent, qui ramasse des cailloux, des bouts de bois, voire des cafetières bleues ! Elle n’a pas les yeux assez grands pour tout voir ! Sympa, non ? Et, ce qui ne gâte rien, elle est légère !

Sur la 8, voyage Charles. Hou-là ! c’est déjà du lourd ! Mais, comme je le vois un peu enfoncé sur son coussin, au moins, il ne craint pas de tomber ! Pas très bavard mais des remarques fort à propos !

La 10 est drivée par Daniel. Encore plus lourd ! Un baraqué des épaules, je vous dis que çà ! Il ne se départit pas de son bonnet andain multicolore en laine de bête de là-bas ! Il a raison, un coup de froid ou de soleil ou plutôt, les deux ensemble, c’est si vite arrivé !

Et sur la 11 rayonne Karine. Je dis « rayonne » parce qu’elle rit tout le temps et c’est un plaisir de l’entendre ! Je dis aussi « rayonne » parce qu’elle est souvent peignée comme les rayons de ma roue ! Mais cela ne fait qu’ajouter à son charme naturel !

Et puis, nous avons aussi Christine, pas sur joëlette, bien sûr ! Quoiqu’elle se mettra aussi dans les brancards pour sentir comment cela fait d’être moteur. Non, Christine, tout le monde fera un bout de chemin avec elle pour lui éviter les embûches qu’elle ne peut voir avec les pieds. Certains tenteront de l’imiter. Pendant une heure, ça va, pendant une vie, bonjour les dégâts !

Donc, nous sommes partis à la fraîche de Tagdit, sur du plat juste pour nous mettre en jante. Les mollets alertes nous entraînent sur de belles pistes ensoleillées où les maisons de terre se confondent avec le sol et celles de pierres se cachent dans les rochers.

Les enfants, sur le bord du chemin, demandent des stylos mais jamais de cahiers. Quelques femmes dont on ne voit que les pieds, portent des montagnes de fagots pour alimenter le feu. Les montons blancs et les chèvres noires sont partout, broutant inlassablement les cailloux. Le soleil est doux, presque chaud.

A l’arrivée de l’étape, Christine saura bien choisir le plus beau des berbères, musclé et viril à souhait pour se faire porter dans un soit-disant passage difficile où nous n’avons que mouillé le pneu ! Elle en a de la chance, elle !

Enfin, un repos bien mérité. Nous sommes alignées, toutes les quatre sous un firmament constellé d’étoiles. Pas un avion, pas une lumière, pas un souffle d’air mais un froid de canard à ne pas mettre un coussin de joëlette dehors ! Le grand viking et Christine dorment à la belle étoile, leurs duvets se couvrent rapidement de givre. Sous le chapiteau blanc, après un repas pantagruélique, nos moteurs ronflent paisiblement après avoir fêté les 72 révisions de celui qu’ils appellent Isidore.

Nos guides et muletiers palabrent longuement, d’abord autour d’un feu de bois puis sous leur tente. Enfin, le silence s’installe, pesant, presque palpable, souligné par les appels de chiens errants à la recherche de quelque pitance. L’un d’eux s’étant approché d’un peu trop près d’une mule au caractère douteux s’en est allé, lançant des « Kaï, Kaï » dignes de Rantanplan dans Ma Dalton.

Enfin l’aube, glaciale et limpide réveille toutes ces belles mécaniques douillettement enfouies au chaud dans leurs duvets. Quoique, il paraît que pour certains . . . Départ brutal par un sentier d’acrobate où nos brancards souffrent, nos amortisseurs gémissent pour enfin arriver sur un beau plateau. Heureusement avec trois moteurs devant, deux stabilisateurs sur les côtés et un équilibreur derrière, je passe partout !

Enfin, une descente, mais quelle descente ! Quel panorama grandiose ! Des montagnes tabulaires jusqu’à l’horizon, celle de gauche est un monument ! N° 8 et 11 veulent absolument s’arrêter pour admirer le paysage. Elles ne trouvent rien de mieux que de déraper du pneu pour lancer les pattes arrières des moteurs Isidore et Marielle contre des pierres pointues ! Non, non les filles ! Pas comme ça ! D’accord, la douce Catherine va leur réparer ça mais je vais vous montrer comment il faut s’y prendre : je laisse glisser doucement ma gaine devant une échappatoire et hop ! Pas manqué : « J’ai plus de frein » lance soudain Robert d’une voix emprunte d’un soupçon de panique. « Tout droit, tu as la place de te garer » répond Jean Jacques. Une demi-heure de réparation où j’ai tout le temps d’admirer le magnifique bonnet en laine recyclée couleur « vanille-mandarine » du grand viking. Le resserrage de mon frein me procure une musicalité du plus bel effet que Myriam interprète comme étant le cri de la joëlette en rut. Hé ! Hé !

Une demi-heure de soins par-ci, une demi de réparation par-là, ça veut dire que l’on finit aux phares ! C’est donc nuit noire lorsque nous arrivons au bivouac. Youssef a réussi à prendre une douche au « terrain de camping ». La douche vaut le coup d’oeil : aussi ingénieuse qu’une joëlette ! On dirait un dessin de Dubout mais ça fonctionne. Juste un détail, pour prendre une douche il faut apporter sa serviette, son savon et un fagot de bois sec !

L’étape suivante nous amène au pied des fameuses tours du Djebel Saghro. Parcours facile pour nos mécaniques.

J’aime pas trop les oueds. Dans le sable, ma roue est aussi efficace qu’une charrue et généralement la remontée est plutôt raide ce qui tire de mes moteurs des onomatopées proches du râle d’un mourant. D’ailleurs, il serait grand temps de créer un lexique propre aux moteurs de joëlettes. Ce serait vite fait : marche ; hop ! ; deux marches ; et hop ! ; goulotte ; tire ; pousse ; freine !!!! ; hhargnreuteudjeuh !!! Là, c’est juste avant qu’on ne verse Myriam sur un coussin de belle mère ! Des mots grossiers ? Je n’en ai point entendu.

Heureusement, le 31 décembre, nous ne sommes pas seules à fêter le nouvel an. Il y a eu un repas de fête sous les tentes mais il paraît que le méchoui court encore ! Nous quatre, nous observons quelque peu inquiètes les gesticulations des ombres fantomatiques devant le feu. Les « Frères Jacques » même à quatre voix et autres berceuses d’enfants de coeur ne font pas le poids au regard des tambourins et des mélopées barbares de nos berbères.

Le pire, c’est le beau porteur de Christine, celui qui joue de la flûte dans un tube de tente. J’ai peur qu’il n’utilise un des bras de mes brancards pour en faire un fifre ou un pipeau ! A vingt trois heures, le froid aidant, ils ont tous déclaré qu’il était minuit en France, qu’il était grand temps de se faire la bise et d’aller dormir. Fin de l’année 2010 ! Bonne année 2011 !

Les jours suivants s’installent dans la routine : paysages lunaires mais sublimes, oueds aux verts presque irréels, cieux d’un bleu intense, habitants sympa qui observent nos mécaniques sophistiquées avec le plus vif intérêt, nuits glaciales et étoilées ponctuées d’aboiements lointains, chemins roulants ou champs de pierres, nombre de virages affecté d’un coef 10 et arrivée à Ouarzazate dans un hôtel avec douche, le luxe ! Tout notre petit monde en profite pour se décrasser avec volupté.

Et nous alors ?? Nous avons fait tout le boulot et voilà que maintenant on nous démonte les bras ! Ah ! ça ne se passera pas comme ça ! Où est le grand viking ? Il s’appelle comment déjà ? Ah !! Olivier ? C’est quoi ces cartons ? Olivier !! A moi, Olivier, deux mots !! Comment ? Je suis trop bavarde ?? MMFF. . . . MMMM. . . .

Texte et photos : Bernard Duris

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