Val Maïra, d’eau, de vents et de feux

Rubrique: Reportages 28 septembre 2019

Charlot, il a le droit de raconter, lui ?
Parce qu’il lui en est arrivé, des trucs, ça vaudrait le coup je crois !

Allez, je me lance : « Vas-y Charlot, raconte ! »

« Bon, on va pas faire 50 ans les présentations : je suis Charlot, je suis un âne gris, et je porte une bonne partie du matos lors des séjours de ces doux dingues issus d’Handi Cap Évasion.

C’est, je crois, ma troisième saison complète et, ce coup-ci, je me suis bien préparé : personne ne l’a su mais je suis allé en stage chez ce fameux Mainon, dont on me rabattait les oreilles. Et qu’est-ce que j’ai bien fait !
Tout d’abord, on a fait un peu de PPG : Préparation Physique Générale, cela ne pouvait pas me faire de mal. L’an dernier, j’ai fait porter plusieurs fois les sacoches aux HCiEns car j’étais trop fatigué alors ...
Puis, il m’a dit qu’il faut aussi que je me muscle l’esprit : j’ai appris qu’on ne pouvait pas être autant soumis à l’humain comme ça. Moi, partir avec des bobos sous les sangles, je croyais que c’était le contrat. Alors je ne disais jamais rien !

Et bien, Mainon, il m’a dit qu’il fallait que je résiste ! Que je prouve que j’existe !
Alors je l’ai écouté. Et c’est vrai que c’est ânement plus satisfaisant !

J’ai commencé le samedi après-midi, en refusant catégoriquement de remonter dans le camion. Ça va bien leur truc : après j’y reste des heures et il fait carrément chaud là dedans !
Bon, en fait, ce coup-ci c’était moins d’une heure mais je ne pouvais pas le deviner.
Je rigolais bien en découvrant Régis, qui patientait depuis quelques heures, tout seul sur le parking : j’ai réussi à arriver après quasi tout le monde, youhou ! Mon maître de stage sera content.

Les nouveaux, les anciens, les jeunes, les ... moins jeunes, se sont aussitôt mis au boulot : marabouts, joëlettes, tables, bancs, cantines, gaz, vivres, coussins, tapis de sol, il en ont sorti et installé, du bazar ! Anne a même une tente ultra ultra light, on dirait du film étirable.
Comme il manquait Kodzo (lui, c’est le gars qui fait un détour par Milan pour arranger sa passagère BlaBlaCar !), Régis n’a pas fait le tour de table. Au grand soulagement des mauvais en prénoms, et ils étaient quelques uns.

Repas léger et hop ! Au lit. Sous l’absence de rosée mais les saules auront bien compensé : quelqu’un saurait expliquer pourquoi ils relâchent un liquide qui pourrait être leur sève élaborée ? En tous cas, elle aura bien poissé leurs abris.
Moi, j’ai passé une bonne nuit : ils m’ont fait confiance alors je me suis barré par deux fois. La première fois, je les ai rejoints sous le marabout, et la seconde j’ai essayé de partir à l’aube mais Régis m’a vu juste à temps. Zut, le maître sera moins content.

Je me suis bien rattrapé lors du battage, remarquez : j’avais bien entendu qu’ils allaient essayer de me mettre 34,5 kilos en plus du bat, alors j’ai décidé de me rebeller. Mais comme Mainon est excellent à ce jeu, ils m’ont à peine remarqué !

Ya juste Laetitia qui a menacé de me mordre si j’essayais de nouveau de LA mordre. Je crois qu’elle n’est pas cap’, mais dans le doute ...
Ceci dit, j’ai quand même continué à botter, donner des coups de tête, et à tenter de m’échapper, pour le principe. Frustrant : je suis sûr que personne ne s’en souvient !
Ceci dit, je leur reconnais un point positif : ils ont à chaque fois pesé les sacoches, et ça change tout !
Pour le bivouac, ils allaient me mettre 90kg sur le dos, sinon ! Et, moi, je ne dois en avoir que 60, en fait … Ils ont aussi regardé le poids des incontournables : la bâche bivouac ? 15kg. Les piquets ? 3kg. La chaise WC ? 2kg. BOUM ! 20Kg d’office ! Sans le gaz, la gamelle, la bâche journée, les sacoches vides en cuir, les sacs supplémentaires pour les affaires de nuit des passagers, et tout et tout …

Bon. Ce dimanche, une fois l’affirmation de mon nouveau caractère faite, je les ai laissés tranquilles. Faut dire qu’il y avait pas mal de nouveaux, y compris Régis dans son rôle d’AEM, et qu’il fallait qu’ils se concentrent tous.

Matinée roulante pour se familiariser, puis après-midi moins roulant … J’ai pas eu le droit d’y aller, c’est dire !

Les nouveaux ont été incroyables, en 2h ils avaient tous compris. Ça tombe bien, le petit sentier mono trace a servi de baptême du feu.

Le retour au marabout fut apprécié, la petite journée cool, à l’image de la semaine à venir, était pleine de promesses. De courbatures et d’hématomes aussi. Ceci dit, nous partions plein d’insouciance : le chef Régis ne parlait que de vacances et de faux montants alors ...

Comme je n’avais pas le droit d’aller dans le marabout, Régis repousse le tour de table à demain soir, au bivouac.
En attendant, j’essaie de nouveau de me barrer mais ils ont compris : trois sardines en trépieds, comme au bon vieux temps des fugues de Mainon (j’ai surpris une conversation : ils lui ont réellement mis des entraves, une fois ?), et vas-y, laisse tomber !

Les liens sont crées : chacun aide l’autre à manger, se laver, se coucher et tout le monde s’endort, Lénaïk et Catherine à la belle étoile, Anne dans sa tente méga ultra light, les autres en marabout, tentes ou tarps.

Lundi, on part pour les Bergeries de Mary. Direction l’Italie.
Martine l’intendante voulait emmener plein de trucs mais c’est trop lourd.

Les copains prennent le relais et ce coup-ci, le dépassement de poids devient « raisonnable ». Va falloir faire des efforts l’an prochain, quand même : je vais pas faire 10 ans, à ce rythme …
Thomas, Vincent, Marc ... montent de la bière en cachette, d’autres les graines, le chocolat, voire le faux-moka (à ce sujet, si quelqu’un connaît un des membres de la cousinade VBX, faites le venir en séjour, c’est trop bon ce truc ! ), mais aussi les conserves, le lait, ou la confiture. Piques-niques tirés du sac, non ?

La montée est rude mais l’équipe solide : si elle manque de physique peut-être, elle compense par une belle résistance et de réelles compétences techniques. Ainsi qu’une belle cohésion dans l’effort.

Marie-Christine, frustrée de ne pas pouvoir pédaler, donne de la voix pour encourager. Avant de se cacher sous son tarp car c’est l’heure des soins. Quel plaisir, ce sauna partagé !

Robert, le pote du chef, se demande pourquoi il dit toujours oui quand Régis lui dit qu’il faut qu’il vienne.

Quant à Hélène et Clément, ils prennent la mesure de la confiance des passagers et des risques potentiels qu’ils prennent, sans pour autant pouvoir réagir. Oui : il y a des chutes, et cela fait aussi partie de la vie. Même si, évidemment, tout est fait et pensé pour les éviter !

La fin de journée est une épopée à elle toute seule : une reco rapide pour vérifier si l’eau est présente au bivouac bis, un groupe qui se scinde pour soit monter d’office, soit respecter la consigne donnée, un orage de grêle suivi de plusieurs orages de pluie, un choix entre protéger les passagers provisoirement et monter vite le bivouac avant que le sol soit trempé, des pierres trop légères et une bâche qui manque de s’envoler, une soirée humide mais collective, une nuit humide et ronflante, un réveil … sec ! Ouf ! Comme ça caillait, on n’a pas fait le tour de table.

Tout le monde semble fatigué mais personne ne vide son sac. Ni au sens propre (dans mes sacoches, au hasard), ni au sens figuré : l’illusion groupale est là, et c’est bien.
Au col Mary nous trouvons Joëlle et Vincent, membre d’Ensemble (association proche d’HCE). Ils sont là pour donner un coup de main et partager de bons moment avec nous.

Ils prennent le relais des fatigués dans la descente raide du col puis repartent avec leurs VTT, non sans nous promettre de les revoir le soir. Ils verront à cette occasion Martine, qui redescend par l’autre côté pour faire le transfert avec le camion.

A midi, j’ai repris les leçons de Mainon : Régis pensait pouvoir me faire confiance et ne m’a pas attaché. Haha ! Je les ai bien eu : j’ai passé bien 40 mn à les narguer, en m’enfuyant juste avant qu’ils ne me touchent ! Et je ne me suis pas fait avoir : j’ai carrément ignoré superbement les bouchons de maïs qu’on me proposait. Au bout d’un moment je suis quand même allé dans le groupe et j’ai laissé Régis m’attraper. Je savais bien que, sinon, je n’étais pas prêt d’avoir des graines. J’ai encore montré que je n’avais pas du tout envie de bosser mais me suis finalement laissé faire.

Arrivés au camping, personne ! Ce transfert est très long, tout comme l’attente dans, sur et autour des sanitaires durant l’orage (ne dites rien …).

Une partie de Saboteur plus tard, le camion finit par débouler et hop ! La fourmilière se réactive.

Le lendemain, nous repartirons en bivouac alors autant être efficaces, sinon la nuit sera courte. Du coup, devinez quoi ? Pas de tour de table ! Alors que, moi, je suis sûr que Samuel ne maîtrise pas encore tous les prénoms ...

Le lendemain, c’est d’ailleurs l’anniversaire de Martine pas l’intendante : celle de Marc, vous les connaissez peut-être, les M&M’s ?

Enchaîner un bivouac, un camping, puis encore un bivouac, c’est porter 4 jours les affaires de nuit. Les troupes, dont je fais partie, l’ont bien compris : les deux prochains jours seront … cool aussi (Régis, il a aussi tout compris : une journée n’est jamais difficile. Elle peut être ludique, technique, pas simple, avec des zigs, des zags, nécessiter des parpaings lors des pauses graines, et elle peut être cool …) !
Nous attaquons par une traversée du camping naturel. 3 km ! Le camping le plus long et étroit du monde ?
Puis c’est parti. Un bout de forêt aménagé pour chauffer les jambes et PAF ! Droit dans la pente ! Bon anniversaire Martine !
La sortie de la forêt est agrémentée de blocs et de soleil qui chauffe encore plus que les cuisses, que du bonheur pour les bipèdes il me semble …

Ils feraient mieux de faire un stage chez Mainon, eux aussi : moi, j’ai plutôt la caisse et je gagne ânement d’énergie en ne me prenant plus chaque bloc-tronc-humain dans les sacoches. Il a raison, mon maître de stage : non seulement c’est moins fatigant de passer sans se cogner partout, mais en plus ça rend la balade intéressante. Je surprends mes détracteurs en négociant les passages à quelques centimètres, non mais ho !

Mais les humains sont fatigués et la pause graines se prolonge. De mon côté je deviens fou car les taons attaquent et vous êtes bien placés pour savoir comme c’est agréable. Lise essaie bien de me mettre de l’huile essentielle de lavande mais la solution serait de repartir, en fait.

Ils finissent par se motiver et c’est reparti.

Après le repas, j’essaie de couper les virages sans vérifier que je peux reprendre la piste ensuite. Du coup, on reprend ma longe, tant pis pour moi. Je ne peux pas progresser sur tous les plans.
Arrivés là-haut, l’ambiance est donnée :

- le positif ? Une météo stable qui permet de monter sereinement la bâche bivouac et de montrer aux nouveaux ce qu’est une belle cabane. Un bel endroit et un beau paysage, aussi.

- le négatif ? Un patou qui aboie sans cesse, m’empêchant d’accéder à l’abreuvoir. Les bergères s’éloignent et il ne les suit pas, génial ! Finalement, on m’emmène boire tout de même et v’là qu’il se carapate au loin : en fait, c’était un sacré trouillard !

L’orage du jour tombe, bien sûr, mais ce coup-ci personne ne se mouille. Repas de luxe, bien sûr, jeux, chants et … Feu de camp !

Depuis le temps que Quentin tentait d’en faire un ! Ce coup-ci, avec un coup de main, il peut être satisfait. C’est d’ailleurs l’occasion de nous donner un aperçu de ses talents : monsieur souhaite devenir danseur de hip-hop professionnel et il a des armes indéniables.

La soirée ayant été fort chargée, pas de tour de table, bien sûr !

Fatigué, tout le monde se couche avant minuit. Mais pas les chiens … Ils tournent, ils aboient, ils se répondent, ils inquiètent. Ils se rapprochent, ils s’éloignent, ils aboient toujours.
Puis je leur réponds à pleines cordes vocales ! Et les frontales s’allument aussitôt (merci ! ) : ces satanés chiens m’ont en fait attaqué à plusieurs et j’ai des plaies à la fois aux pattes postérieures mais aussi sur le museau et sur l’arrière-train ! Les agresseurs sont mis en fuite à la voix, avec quelques cailloux et ils font bien de partir : j’ai appris que Jean-Mie avait trouvé son couteau et comptait bien s’en servir si besoin ! Lui, faut pas le chauffer, visiblement.

Il faut dire que ces chiens, mal contrôlés, forment alors une meute et ils deviennent réellement dangereux. Heureusement que notre nombre a finit par les impressionner, la nuit se termine plus calmement.

Et jeudi … C’est le Grand Jour, LE défi du séjour. Celui qui n’est pas toujours possible selon la météo … Le PAS DE LA CAVALE …

Avec cette courte nuit, autant dire que les troupes sont fraîches. La brume du matin est dans les corps, dans les esprits et dans le paysage. Les vertigineux se rassurent, ils n’auront pas de problèmes de ce côté là.

Et moi, je suis ravi car on est aux petits soins : mes plaies sont belles, je suis en pleine forme, mais l’une est placée sous la sangle de l’arrière train. Catherine fournit la Bétadine et Laetitia la vaseline stérilisée. Lise me soigne. Et hop, on y va.

Martine, qui en plus parle Italien, compte bien dire quelques mots aux bergères au sujet de leurs chiens. Elle fera ensuite le transfert du camion.

Et nous ? Droit dans la pente … Un chemin qui attaque direct, ça fait mal aux pattes et aux jambes, j’vous jure ! Heureusement finalement que la météo est fraîche et humide. Vincent est en forme et tracte à fond. Ce gars, il est tout le temps partout, il me fatigue ! Il est venu avec son fils, Samuel, tout aussi costaud, et sa soeur, Cécile, qui est partout elle aussi. Quelle famille !

Un premier col, toujours dans la brume, puis nous voici au pied du pas. Voilà que le grésil s’en mêle … Simon nous explique que c’est un « jour épouvantable ».

En effet, il n’y a pas vraiment de doutes … Et comme les joëlettes doivent monter une à une, nous nous attendons tous à passer d’agréables moments !

Les joelettes sont donc béquillées en attendant que chacune passe avec pas moins de 6 personnes autour ! L’averse de grêle passée, c’est finalement avec une éclaircie que LE passage délicat du séjour se négocie. Heureusement d’ailleurs, des roches glissantes auraient fortement compliqué l’affaire. L’équipe nous joue alors un magnifique numéro d’équilibriste, entre force et finesse, et les quatre joëlettes passent sans encombre. Quant à moi, je passe sans difficulté notoire, trop fort !

Nous passons ensuite la frontière pour manger en France.

Le repas de midi place de la pierre ponce dans les mains de certains. C’est une roche volcanique, que fait-elle là ?
Lors de la descente, une cheminée de volcan mise à nue nous confirme bien l’hypothèse d’un volcanisme éruptif en plein cœur des Alpes. Ca alors !

Après une bonne sieste réparatrice, nous repartons. Et réalisons que si nous continuons ainsi en pente douce, c’est un sacré morceau qui nous attends juste au-dessus de Larche …
Et, en effet, quelle pente ! Une petite chute, des genoux en compote, une crevaison due à un beau clou forgé qui a traversé les âges et voici la troupe heureuse de retrouver du bitume dites-donc ! C’est peut-être ça, le faux descendant ?
Lénaïk suscite l’admiration de tous car elle n’arrive pas si tard au pied de ce mur. Ils lui font une haie d’honneur avec les brancards colorés des joëlettes !

Le dernier jour montre à quel point les forces sont vives : ils demandent une journée cool, de préférence à 0m de dénivelé ! J’y crois pas ! En route donc pour la Vallée des Marmottes : elles voient tellement de monde qu’elles viennent manger dans la main des « randonneurs ». Je pense leur proposer un stage chez Mainon : ce n’est vraiment pas un comportement digne d’une marmotte !

En tous cas, mes compagnons ne sont pas vaillants : ils prennent le sentier aménagé pour les fauteuils et mettent même les cordes sur les pentes douces … Y en a même une qui vire les cailloux du sentier alors que … c’est moi qu’elle pilote !

Ils choisissent de profiter du paysage et c’est vrai que c’est sympa aussi.
Nous voyons de loin le travail des chiens sur un troupeau de moutons, par exemple.
Et la pause de midi est l’occasion d’observer … un cerf ! Oui, un cerf.

Le tour de table (enfin !) , est plein d’émotions, de sourires et de yeux qui brillent. De réflexions aussi.
Le lendemain, j’ai essayé de me barrer mais ils me connaissaient (là, c’est Mainon le faible, il paraît qu’il monte quasi seul la plupart du temps, bouhou !), et même à l’entrée du camion je n’ai pas pu leur faire de blague … Tant pis, j’essaierai au séjour suivant.
En tous cas, j’étais bien content de connaître de nouvelles personnes et surtout de montrer aux « anciens » que j’avais progressé en gestion de gabarit et en … caractère ! J’espère quand même que je pourrais continuer les séjours MAIS ! Il va falloir que tout le monde pèse mes bagages parce que, franchement, si vous continuez je serai à la casse trop tôt …

Allez, à bientôt les amis. Pensez à moi lors de vos retrouvailles à l’AG ! »

Charlot, stagiaire de Mainon

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