Plomb du Cantal du 28 juillet au 04 août 2018

Rubrique: Reportages 21 novembre 2018

Voici le dernier compte rendu 2018 qui s’est fait attendre.... Il pourrait aussi s’appeler "la grande improvisation"

Samedi 28 juillet 2018 : journée de la connexion

Alors que nous roulons encore tous vers le lieu de rendez-vous à Thiézac, Benoit le coordinateur du covoiturage reçoit un message urgent à faire passer à tous les participants comme lui… Il délègue à Laetitia qui, en hyper efficace back-office girl, entre en connexion avec chacun des participants ou covoiturages. Elle nous annonce que le camion d’HCE est en panne et bloqué à Murat, nous devons donc nous y rendre dès maintenant alors que c’était notre destination finale après une semaine d’itinérance...

A 18h, la connexion est complète et mondiale : Jean-Paul nous fait goûter des crottins de yak rapportés du séjour HCE au « Kirgkhisjistiskstan » (imprononçable) auquel son fils Antoine a participé. La valse des prénoms nous connecte rapidement et ravive les neurones de Didier, notre AEM, contraint de revoir tous ses plans pour la semaine : adieu l’itinérance prévue, nous resterons probablement connecté au camping municipal. Les connexions avec Clermont et Aurillac sont excellentes : nous devrions avoir du renfort pour nous soutenir dans cette improvisation…

Dimanche 29juillet 2018 : journée de l’étoile (# 20 km, +840 m / -840 m)

En ce dimanche matin, il flotte au-dessus de la prairie jouxtant le camping une belle brume. Elle se colore à mesure que l’étoile solaire se lève sur la vallée puis se dissipe pendant les premières allées-venues aux sanitaires. Ils sont propres et accessibles : un luxe diversement apprécié car à HCE, nous aimons l’évasion, notamment du confort !

La nuit a été calme jusqu’à l’aurore où Emmanuelle nous entraîne à distinguer sa voix entre le souffle du vent et les derniers ronflements… Christophe nous explique comment il serait mieux installé pour les prochaines nuits, pour éviter de rouler vers la chambre d’Alain, déjà en train de ranger ses affaires. Rémy, aussi matinal, donne un coup de main à la mise en place du petit déjeuner, très agréable et traînant un peu en longueur : Didier n’a quasiment pas fermé l’œil de la nuit étoilée, tout préoccupé par le camion, l’âne (ou plutôt le mulet, Mainon) et la cohésion du groupe autour d’un projet de randonnée chamboulé… Comment concilier le diagnostic mécanique et le remorquage du camion avec la joie d’un départ matinal en randonnée ? Que faire de Mainon pendant la journée si le départ de la randonnée de substitution nécessite un court transfert en voiture ? Comment convaincre le garagiste qu’il faut réparer le camion au juste prix sans plomber les comptes de l’association ?

Un équipage va finalement accompagner Didier chez le garagiste et le quincaillier : c’est surtout un soutien moral dans la gestion de tracas logistiques liés à la panne du camion. Finalement, le cortège de joëlettes s’ébranle tardivement pour une randonnée en boucle, première étape d’une semaine qui s’annonce en étoile.
Nous traversons rapidement Murat et en sortons par un sentier longeant en sous-bois un entrepôt de Stella (étoile en espagnol). A propos de bière, notre délicieuse intendante Anne-Marie a panaché son stock pour même satisfaire le palais des grincheux appréciant moyennement la basique Pils nous attendant au frais dans la rivière en fin de journée. En attendant, nous gravissons le rocher de Bonnevie : il s’agit du piton basalitique central de l’alignement de Murat qui en compte trois. La géologie du Cantal, le plus grand stratovolcan d’Europe, n’a plus de secret pour Didier qui nous raconte la genèse des puys et des planèzes en étoile dans un rayon d’une trentaine de kilomètres…

A l’ombre de l’immense statue de la Vierge Marie et son auréole étoilée, nous observons alternativement le neck de Bredons théoriquement prévu pour la fin du séjour, et le neck de Chastel-sur-Murat vers lequel la suite de la balade est orientée. La structure métallique de la statue perturbe le vol stationnaire du drône d’Alexis qui nous filme malgré ces turbulences…

Les équipages de joëlettes redescendent puis remontent à flancs de montagne : l’itinéraire se dessine en fonction des obstacles sur un sentier non reconnu à l’avance. La bonne humeur du groupe pousse à aller encore plus loin, encore plus haut. Des villageois de Chastel-sur-Murat nous orientent vers un point d’eau salvateur au départ du chemin patrimonial, bordé de pierres sèches, menant à la chapelle romane Saint Antoine dominant le deuxième neck déjà atteint !

Seul un spécialiste des tourbières est assez joueur pour escalader les hautes marches de sa toiture et titiller la cloche pour un unique dong sonnant l’heure du repas. A l’ombre des arbres, nous dégustons avec plaisir la salade préparée avec attention et quelques oignons fermentés pour faire parler. Rassasiés et motivés, nous filons vers une tourbière où, en faisant le pitre, Vincent manque de disparaître après nous avoir expliquer tous les risques de ces zones humides végétalisées. Ici, pas de décomposition pour fabriquer le pétrole de demain… Les résidus organiques se stratifient et un couvert végétal dissimule cet écosystème absorbant où les maquisards y ont jeté des armes pour éviter leur saisie par les SS, où des épaves et des batteries usagées y ont été englouties discrètement, où la tourbe a également été exploitée. La tourbe séchée est utilisée comme combustible ou amendement de sol. La tourbe de sphaigne, une sorte de jolie mousse formant des étoiles, a aussi été utilisée comme absorbant hygiéniques naturels avant l’invasion de produits industriels contenant des pesticides et des perturbateurs endocriniens...

Le retour vers le camping est roulant et longuet via Foufouilloux : les réserves d’eau s’amenuisent sans entamer le plaisir que nous avons à chanter, à bavarder, à changer d’équipage pour s’ajuster. Notre cher mulet abandonné pour la journée a mangé tout son pré, il faudra déplacer sa clôture…

Pour cette première journée placée sous une bonne étoile à force d’en voir partout, nous ne sommes même pas fatigués : 20 km ont été parcourus avec d’incalculables dénivelés, dans la joie de faire connaissance et avec le plaisir de découvrir la région, sans penser au lendemain, sauf Didier… Il nous annonce à l’heure du goûter comment il imagine la semaine : ce sera une semaine de randonnée en étoile autour du camping, avec lundi l’ascension du Plomb du Cantal, puis selon l’état du camion une mini-itinérance avec bivouac du mardi au mercredi (avec un peu de pluie l’après-midi), puis un gros exploit le jeudi, et quasiment rien le vendredi parce que « nous serons fatigués ! ». Ce beau programme prévisionnel dépend de l’avancement des réparation du camion ou des renforts qui pourraient nous venir des antennes HCE de la région… Espérons, car demain est un autre jour !

Lundi 30 juillet : journée de plomb (#8 km, +450 m / -450 m)
Debout sans plomb dans les souliers, nous partons tardivement sous un soleil de plomb pour Prat-de-Bouc. L’objectif de cette chaude journée est de grimper au sommet du Plomb du Cantal. De Clermont, Patricia, deux Christian et Guy nous ont rejoint avec pour le transfert des quatre joëlettes au point de départ de la randonnée, et, pour l’assistance s’il en fallait dans les montées. L’immobilisation durable du camion nous contraint de laisser Mainon au campement. Comment va-t-il le prendre ? Va-t-il être sage, réussir à boire sans renverser son sceau d’eau ? Son caractère fougueux de jeunesse lui colle à la peau, mais sa sagesse s’accroît de séjour en séjour, grâce à l’attention bienveillante que nous lui portons. Jean-Pierre, l’homme qui murmure à son oreille, force l’admiration tant il l’amadoue par sa seule présence !

La route est sinueuse, mais la pente est douce. Cependant, le cagnard se fait sentir : juillet 2018 est à inscrire au tableau des étés caniculaires les plus brûlants. L’altitude nous sauve, ainsi que l’ombre d’un bosquet chétif pour la pause graine et eau. A ce moment, Didier se sent libéré d’un énorme poids : notre présidente Dominique le décharge de la gestion de la panne de camion, dont le moteur est cassé. Elle s’occupe de tout en contactant qui il faut et où il faut : Didier peut se concentrer à 100 % à peaufiner le programme de la semaine, au départ du camping chaque matin, sauf jour de bivouac. Nous oublions le camion pour la semaine, et reprenons l’ascension par un chemin roulant jusqu’à la prairie, balayée par le vent, au pied de l’escalier final permettant d’atteindre le sommet. Le vent sèche nos pelures à l’heure du pique-nique face à un panorama déjà grandiose : la chaîne des monts du Cantal. Le paysage régale nos pupilles.

Nous échangeons un moment avec les parents d’un grand adolescent porteur de handicap : à son rythme, il crapahute avec eux dans la montagne qui le fascine et découvre la joëlette avec curiosité et intérêt. D’autres randonneurs sont interceptés pour distribuer quelques tracts.
La vue appelle à rêver : Madeline va s’isoler sur un petit rocher à l’écart du groupe. L’atmosphère est douce, paisible. Nous repartons avec dynamisme pour franchir l’étape clé du séjour tel qu’il était prévu : déployer la banderole des 30 ans d’HCE au sommet d’un des 30 sommets gravis dans l’année. Les marches sont tantôt évitées, tantôt survolées, et tout là-haut, nous sortons les téléphones et appareils photos pour immortaliser la scène. La joie d’avoir atteint le but s’exprime diversement et disparaît même, la liesse est absente, des visages se ferment... Un coup de fil est arrivé et une malheureuse nouvelle nous a assommé : Notre ami Yves, bien connu de certains d’entre nous pour notamment entretenir les joëlettes à chaque printemps, est décédé accidentellement.

Chacun à son rythme, plutôt très lentement, nous redescendons dans la vallée en partageant notre émotion par petit groupe autour d’une joëlette ou en marchant seul à quelques mètres de distance. Les discussions sont graves, profondes, intergénérationnelles. L’ambiance plombée au sommet retrouve de la légèreté grâce à cette descente hors du temps, en silence ou avec des échanges où les cœurs parlent en vérité. La veille, nous étions encore parfois des inconnus les uns pour les autres, avec cette épreuve, des liens se sont tissés plus rapidement qu’à l’accoutumée.

Arrivés dans la vallée, la vie d’un séjour confortable en étoile prend le pas : le premier magistrat de la commune de Murat rend visite aux touristes hébergés dans son camping. Son discours bien rôdé pour valoriser la réelle attractivité de la ville et ses alentours se termine par un apéritif offert. Nous y dégustons des « cornets », la spécialité culinaire locale en quête d’IGP. C’est une sorte de langue de chat roulée en cône, à garnir de préparation aussi bien sucrée (chantilly, confiture…) que salée (mousse de champignon, foie gras…).
Les rires et la complicité visible dans notre groupe HCE interpellent les autres invités autour du maire qui nous passe la parole pour présenter l’association. Autour de verres de Suze, Salers, Avèze et autres liqueurs de gentiane jaune offertes par la municipalité et servie par l’aimable saisonnier du camping, nous discutons avec les voisins de tentes, vacanciers de toutes origines, en distribuant des tracts… Anne-Marie nous rappelle à l’ordre pour poursuivre la soirée à sa table garnie de mets succulents. Le nez dans les étoiles, quelques uns poursuivent les discussions de la journée avec une petite poire avant d’aller vite dormir après cette journée physiquement et mentalement plombée.

Mardi 31 juillet : journée de l’Auvergnat (#15 km, +890m / -350m)
L’optimisme et l’excitation sont de mise pour ce 4ème matin : nous partons pour deux jours avec Mainon. Joël l’a bien apprivoisé et le mène avec l’assurance qu’il gagnera au fil des jours au pilotage de la joëlette. L’intendance parviendra à proximité du buron qui nous accueillera pour la nuit. Entre camping-sauvage et bivouac, nous savons d’avance que le lieu choisi par Didier sera magique. Ses yeux brillent tels ceux de l’explorateur qu’il est d’avoir redécouvert quelques années plus tôt cette cabane à fromage dont la plus précise des cartes IGN le représente par un discret carré, au nord du Puy de Prat de Bouc, à proximité du Pas de Bœuf... En Auvergne, un tel joyau se doit d’être maintenu secret…

A la sortie du camping donc, en quelques enjambées et tours de roues, nous nous relayons à la corde pour arriver à bout du troisième neck, ou dycke d’ailleurs, celui de Bredons. Une pause culturelle s’impose pour admirer à son sommet l’église romane qui y est dressé depuis le 11ème siècle et qui est renommée pour ses « modillons à cordons de biellettes et chapiteaux feuillagés » d’après notre accompagnateur en montagne, fin connaisseur du patrimoine. Connaissant le cliché de l’auvergnat économe et le tarif affiché de la visite guidée de seulement 1€ par groupe, on comprend vite pourquoi des tôles ondulés ont partiellement remplacé les lauzes de la toiture de cette église Saint Pierre, malmenée au 20ème siècle.

A la fontaine sur notre chemin, l’eau est pure et gratuite : l’auvergnat, en gardien du hameau de Bredons, semble d’abord sur la réserve car interloqué par notre groupe qui se désaltère et racontant des blagues. Concluant que nous sommes gentils, il nous exhibe fièrement son trésor trouvé dans une pâture à quelques mètres : deux imposants bois de cervidés, qui vaudraient plus de 2000€ pièce mais qu’il souhaite conserver, en bon état. Gare donc à la chute quand ils passent de mains en mains, et de tête en tête ! Enjoués par cette rencontre incongrue, nous reprenons la route pour Albepierre où un auvergnat de La Bargeade nous oriente vers la pelouse du camping abrité de grands arbres pour le pique-nique. Aussitôt la micro-sieste terminée, nous traversons Le Benet et grimpons « deux côtes difficiles mais ombragées » : il faudra sortir les cordes et s’aligner à 6 ou 8 dedans ! Les plus jeunes diront que « ça passe crème ! ».

A 17h pétante nous arrivons au fameux buron de la Souleyre, orienté face à la vallée de la Cocarderie. Sa petite porte donne sur un espace plein d’orties et ceint d’un enclos de pierres sèches, où nous pouvons tenir en rond autour du foyer. Une mémorable partie de Mölkky se joue avec tous les passagers à joëlettes, et Malika piquée par une guêpe agressive après une journée déjà difficile par ailleurs trouve du réconfort auprès d’Isabelle.
Les yeux lubriques, Didier sort sa tête de la marmite dont il a léché le fond : le délicieux chili con carne préparé en bocaux bio par Anne-Marie était encore un délice, ce qui la réjouit malgré son stress causé par la désorganisation de tous les menus de la semaine, calibrés pour les randonnées prévues que nous ne réalisons pas…
Autour du buron, car l’intérieur est trop petit et dédié au matériel de fabrication de fromage, chacun à trouvé son coin pour dérouler son tapis de sol pour cette nuit à la belle étoile… La veillée nous rassemble très longtemps autour du feu dont l’éclat illumine nos regards et la fumée pique les yeux. Emmanuelle avait bien lu les recommandations pour sa première expérimentation d’HCE : il faut être bien équipé contre le froid car à 1350 m même en été, la température saisit rapidement. Fière avec son bonnet à pompons, elle participe au maintien de l’ambiance festive le plus tard possible. Christophe jubile également pour son premier séjour. Jean-Luc dégaine une petite fiole de derrière les fagots… Habitués des bivouacs, Alain et Rémy savent aussi qu’ils ne sont pas de tout repos alors, raisonnablement ils se couchent à proximité pour souffler tout en écoutant d’une oreille assoupie les chansons qui couvrent les premiers ronflements. Elle est à toi cette chanson, toi l’auvergnat qui sans façon, nous a laissé voir ce buron !

Mercredi 1er août : journée de l’animal (#18 km, +410 m / -910 m)

Dans la nuit légèrement troublée, certains auraient entendu des bruits d’animaux ou même distingué la silhouette de sangliers, de cerfs ou de chevreuils… Assurément pour ranimer les corps plutôt qu’éloigner les bêtes, Alain se plie en quatre pour rallumer le feu malgré ses douleurs. Prendre le petit déjeuner autour d’un grand brasier au soleil levé est extraordinaire. Nous profitons de ces instants en regardant Mainon, à contre-jour, qui broute paisiblement l’herbe couverte de rosée. Le coquin s’éclipsera subitement à l’heure du départ du groupe, mais heureusement, Jean-Pierre le fait revenir docilement vers le campement. « Mais Oui ! », tel est le nouveau nom de Mainon, cet animal si attachant.
Dans la bonne humeur, nous amorçons la descente vers Prat-de-Bouc où nous faisons la connaissance d’un randonneur venant de Firminy. Paul, surnommé « la mobylette » en raison de son allure de Speedy Gonzales, est enthousiasmé par la joëlette et il se voit déjà en tracter une sur des chemins escarpés. Il repart avec un tract pour une autre fois !

Sur le parcours, vers 10h en traversant à gué « Le Lagnon », nous prenons un temps de recueillement en mémoire d’Yves dont l’enterrement se déroule à la même heure. Didier nous rappelle avec émotion le souvenir d’Yves faisant traverser l’âne d’HCE, librement, sans longe pour le guider.

Au cirque de Chamalière à 1410 m d’altitude, nous déjeunons sous les arbres. Nous slalomons ensuite entre les ravines de tourbière qui hébergent de microscopiques plantes carnivores, grenouilles et araignées aux gros yeux. Au loin, les vaches nous regardent passer et nous enfoncer dans les agréables sous-bois, jusqu’à une parcelle en cours de régénération après le col de la Molède : la descente est chaotique sur une piste engoncée en deux hautes clôtures grillagées. Son seul mérite est d’offrir une vue dégagée sur la vallée entre Laveissière et Murat ! Les premières gouttes nous forcent à accélérer : la descente est « assez roulante mais infâme à cause des cailloux » dixit Didier. Sous la pluie, cet itinéraire improvisé deviendrait trop ludique...

Un petit pont nous permet d’enjamber les voies ferrées et d’arriver face de l’imposant château de la famille d’Anterroches. Adossé à la montagne escarpée, il ressemble à un château de hanté surplombant la vallée. Il y a d’ailleurs spéculation sur l’origine de son nom : « en terre et roches », « hantée roche », « entre terre et roche »… Quoiqu’il en soit l’expression « impossible n’est pas français » aurait été inventée par un des aïeux d’Anterroches… A ce stade de la randonnée, l’histoire ne nous préoccupe plus guère et nous filons au camping, tels des chevaux sentant l’écurie, y vont au galop ! Anne-Marie est contente de nous accueillir tôt pour profiter de la soirée bien avant la nuit : autour de bières rafraîchies dans le lit de l’Alagnon, nous lui partageons nos découvertes animalières. Ainsi l’animal sera la thème de cette journée !
Madeline nous faire rire en annonçant qu’un rat-taupier a voyagé sous sa tente, et nous nous étonnons que les libellules qui tournoient à côté de nous ne vivent que 15 jours après avoir été larves pendant des mois. Le lapin, en civet quant à lui, nous régale avec sa polenta pour l’accompagner. Sonia orchestre avec brio l’atelier vaisselle pendant qu’un petit chœur facétieux se rassemble autour d’un carnet de 100 vieux tubes. La fatigue se faisant sentir après ces 2 belles journées d’itinérance, chacun va rapidement se coucher. Comme pour les précédentes nuits sous le marabout, la vigie est assurée par Solène et Olivier, à côté de Rémy, Emmanuelle, Alain et Christophe.

Jeudi 2 août 2018 : journée de Mutluluk (# 15 km, +750 m / -950 m)
Généralement, un séjour HCE rassemble au maximum 20 personnes. Grâce à la solidarité qui caractérise l’association, le camion manquant est remplacé par 9 personnes véhiculées et avec remorques pour convoyer les joëlettes au point de départ. Pour que ces bonnes volontés profitent en de la randonnée et sans faire simplement office d’assistance matérielle pour les transferts, Didier a élaboré un itinéraire ambitieux, certainement en discutant avec René, qui avait déjà eu l’idée de l’ascension du Puy Mary pour le week-end de l’Ascension... « C’est impressionnant vu d’en-bas mais ça le fait. Le plus dur, ce sera les deux petites barres rocheuses. »

Pour les 30 ans de l’association, il est décidé de tenter pour la première fois à joëlette l’ascension du Puy de Peyre-Arse, le 2ème plus haut sommet du Cantal et du séjour…

L’itinéraire forme un U au départ du col de Serre puis chemine tranquillement vers les burons d’Eylac, et passe le cri des marmottes sous la brèche de Roland. Les touristes et randonneurs croisés sur la route sont incrédules en entendant l’énumération de nos randonnées de la semaine. Certains nous prennent pour fous et passent leur chemin en prenant un tract. D’autres s’inquiètent et prodiguent leurs conseils pour éviter l’équivalent des fameuses « deux petites barres rocheuses » !… En plein soleil nous avançons avec assurance et prudence : le sentier terreux à flanc de montagne est roulant mais étroit. La broussaille alentours et les blocs de pierre sur les côtés, voire encombrant le milieu du chemin, empêchent souvent d’assurer à l’accoudoir de la joëlette. La pente fine par se raidir : Alain et éemy décident de finir à pied. Leurs joëlettes sont donc plus légères pour les accompagnateurs actifs, et surtout leurs visages à tous les deux en disent long sur leur volonté !

Emmanuelle et Christophe sont hilares sur leurs joëlettes qui décollent entre les blocs. Au sommet, à bout de bras, Loïc les extirpe de leurs sièges pour les installer sur le caillou le plus haut, qui domine la terre à 360°.

Le défi est relevé : nous sommes tous sur un nuage. Le bonheur est présent. Nous avons réussi un bel exploit car s’en est un. A-t-on vraiment été raisonnables ? Le panorama avec une visibilité lointaine exceptionnelle relègue la question à plus tard. Nous savourons d’être bien, là-haut sur la montagne. Voilà notre 2ème sommet du séjour. Assurément, il fait partie des plus durs et nous y sommes parvenus à 29, tous ensemble. Tous les bras et toutes les jambes même les plus instables et douloureuses ont été mis à contribution. Lors d’un séjour « normal », cet exploit n’aurait pas été possible : la descente est vertigineuse au milieu d’une prairie creusée de rigoles d’érosion plutôt que de sentiers… Paisiblement, nous longeons ensuite la Santoire jusqu’au boulodrome de La Gravière. Fatigués et heureux à l’arrivée, c’était une journée de régal, de plaisir, de bonheur, de Mutluluk comme nous l’apprenons Didier qui, avant d’aller dormir, a juste le temps de nous inviter à la fête de la moule à Saint Bonnet Près Riom. Allez savoir pourquoi !…

Vendredi 3 août : journée de l’initiation (#15 km, +500 m / -500 m)
La fatigue des trois derniers jours est bien perceptible au départ de la journée d’initiation à la joëlette. Les équipages se forment spontanément pour un maximum de plaisir, d’équilibre et de sécurité, par exemple : Claire à l’arrière, Christophe au milieu et Stéphanie à l’avant !… Cette dernière journée de séjour initiatique sera donc tranquille, telle que Didier l’avait imaginée en début de semaine quand il lui a fallu tout réinventer en partant à l’envers, et dans une autre direction.

Comme un premier jour de séjour « normal », nous montons en douceur vers la fameuse cascade de Chambeuil et son ancien moulin. Maioui fait mine de s’enfuir en chemin dans les sous-bois : personne n’est dupe, et il reviendra docilement en queue de cortège après s’être dégourdi les pattes d’un petit trot et un encerclement en règle. La cascade nous offre un cadre bucolique pour pique-niquer et se prélasser, soit à l’ombre de arbres, soit au soleil entre les arbres, sur le pont de pierre, adossé au moulin, assis sur une souche ou allongé sur un banc !

L’eau fraîche du ruisseau de Chambeuil procure de bonnes sensations à qui tente un bain de pied : Emmanuelle, Christophe et Alain sont les premiers à s’y détendre. Didier avait raison, vendredi nous sommes fatigués. En plus nous sommes heureux de profiter de ce moment de calme pour continuer de bavarder et approfondir notre connaissance des uns et des autres, pour peindre quelques aquarelles, ou pour simplement dormir. Nous rentrons tôt au camping pour préparer nos sacs. Cependant, un petit groupe de gourmets va faire des emplettes en ville pour rapporter de vacances des fromages locaux (Cantal vieux, Entre-deux, Fourme d’Ambert…), des liqueurs locales (Suze, Salers, Avèze, Verveine…), des bières bio, des conserves diverses…
La place de stationnement handicapé devant le monument au mort est digne du pire bêtisier : ouvrir la portière conducteur et le hayon est une gageure. Nous en rions doublement en lisant le panneau à deux pas qui invite à commenter la page Facebook de la municipalité... #BalanceTonMaire. Nous ne le ferons pas : il nous a si bien accueilli !

La fin de journée est consacrée au rangement et à l’astiquage du marabout laissé debout pour les suivants. Le camion est réparé et le prochain séjour pourra démarrer comme prévu au départ de Murat.

Pour nous, l’expérience a (encore) été excellente, avec un accompagnateur en montagne flexible et flegmatique, un service back-office performant (merci Laëtitia, Dominique, René et tous les autres qui ont œuvré dans l’ombre pour le camion), une parfaite intendante toquée au Gault & Millau du bocal en rando, un groupe très diversifié qui s’est adapté joyeusement à l’imprévu, aux accompagnateurs actifs d’HCE venus renforcer l’équipe et grâce auxquels le séjour a pu se dérouler mieux qu’il n’était engagé et sans qui l’exploit de l’ascension et la descente du Puy de Peyre-Arse aurait été impossible.

Pour le prochain séjour HCE, venez et voyez les monts du Cantal, ce premier site naturel métropolitain classé au patrimoine mondial de l’Unesco… N’ayez pas peur d’aller à la rencontre des auvergnats, vous ne serez pas déçus : quand il y en a un c’est bien, quand ils sont nombreux c’est mieux !

Voici la vidéo réalisée par Malika à partir des images partagées entre nous.

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