Handi Cap Evasion

Haut Queyras du 09 au 16 août

Rubrique: Reportages 19 août 2014

Lyon, le 17 août 2014.

Mon cher ami,

Comme promis, je t’écris pour te relater ce séjour dans le Haut Queyras avec l’association Handi Cap Evasion. Lancés dans cette aventure le temps d’une semaine, 20 hommes et femmes venus d’horizons bien différents se sont unis pour faire de cette randonnée un moment exceptionnel.

C’est au camping du hameau de Pierre-Grosse, à Molines-en-Queyras, que devaient se retrouver les participants à ce séjour. Le voyage fut fort long, quoique sympathique, du fait des routes sinueuses où la vitesse du véhicule ne dépasse pas souvent les 50 km/h. Véritable bout du monde, le Queyras n’est néanmoins pas sans charmes, avec ses maisons en bois, ses alpages, ses forêts de mélèzes, ses crêtes rocailleuses…

Au camping, je fis donc connaissance de mes compagnons. A tout seigneur tout honneur : Aurélien, notre guide, Accompagnateur en Montagne de son état.

Juste après, j’ai nommé Lydie, l’intendante, qui faisait ses premières armes à ce poste et qui, j’y reviendrai, a excellé dans ce rôle. Notre groupe comportait aussi quatre personnes en fauteuil : Lionel, Benjamin, Aurélie et Annette. Ce sont elles qui devaient par la suite occuper ces fameuses joëlettes dont je t’ai déjà parlé, et que nous devions conduire sur les chemins de montagne.

Je ne peux oublier de citer Pierre, « handicapé marchant », selon la terminologie officielle, d’un naturel sympathique et pour le moins extraverti, qui nous a suivi (ou parfois même que nous avons suivi) avec beaucoup de courage et de persévérance.

Il y avait aussi notre fidèle destrier, Mainon, ce mulet fort courageux qui devait transporter nos affaires dans de volumineux paquetages attachés en équilibre sur son dos. Enfin, nous étions treize bénévoles « valides » qui, sous la conduite d’Aurélien, allions tirer (ou pousser) les joëlettes, nous occuper des soins quotidiens des passagers, aider à la préparation des repas, du campement, et apporter toute notre énergie et notre bonne humeur.

La journée du lendemain, le dimanche donc, fut consacrée à découvrir ou revoir le maniement de la joëlette, sur un parcours facile non loin du camping. C’est sous un beau soleil que nous partîmes à travers champs et mélézins dans la vallée de l’Aigue Agnelle, avant de revenir vers le village de Pierre-Grosse par de petits sentiers au milieu des alpages.

Cette première marche, qui n’était qu’un prélude, s’est terminée par un bon repas concocté par Lydie. Certains d’entre nous eurent par ailleurs la bonne idée d’apporter de leur région d’origine quelques spécialités fort appréciables… et fort appréciées, comme de l’andouillette et même (tu me croiras si tu le veux mais j’ai une photo qui le prouve) du Champagne !!

Le petit torrent qui coulait juste en-dessous de notre campement fut aussi pour certains d’entre nous un lieu de rafraichissement fort apprécié, et particulièrement de Pierre et d’un des bénévoles… Je dirais même que ce fut une excellente occasion pour eux de faire plus ample connaissance, si l’on en juge par cette photo … Bref, tu le vois, ce séjour s’annonçait bien sympathique.

Le lundi matin, après avoir plié le campement, déjeuné et préparé nos passagers en joëlette, nous abordâmes les choses sérieuses : plus question en effet de nous familiariser avec les joëlettes, il fallait d’abord descendre au fond d’une vallée, avant de remonter rudement vers le Sommet Bucher. L’ascension de cette éminence haute de plus de 2250 mètres d’altitude nous a demandé bien des efforts, tant certaines portions du chemin étaient escarpées. Nombre d’entre nous, qui effectuaient leur premier séjour, comprirent vite les rigueurs de ce type de randonnée, mais c’est dans une réelle bonne humeur, mêlée à une fierté méritée, que le groupe triompha de cette première difficulté, avant de rejoindre le lieu du bivouac.

Car ce soir-là, il n’était pas question de profiter du camion et de la grande tente qui nous avait abrités au camping. Ce fut autour d’un feu réconfortant, dans une ambiance plutôt fraîche, que nous dinâmes avant de dormir, qui à la belle étoile, qui sous une bâche fixée au sol par des pierres disposées autour.

Le mardi naissant nous trouva encore endormis, une petite couche de givre recouvrant les sacs de couchage de ceux qui avaient décidé de passer la nuit à la belle étoile. Il nous fallait rejoindre le Col Fromage pour redescendre ensuite sur la petite localité de Ceillac où, j’y viendrai un peu plus tard, nous devrions rester plus longtemps que prévu… Dès le début, une rude montée nous mit tout de suite dans l’ambiance mais ensuite, quelle belle surprise ! La fin de l’ascension, bien plus facile, consistait en un magnifique sentier balcon, surplombant la profonde vallée du Guil. La vue était donc imprenable sur le nord du Queyras et les massifs plus éloignés comme celui des Ecrins .

Comme nous étions en avance sur le temps prévu, nous fîmes une longue étape au col pour nous restaurer, faire une bonne sieste et sécher nos affaires que la rosée de la nuit dernière avait rendues assez humides. L’une d’entre nous eut aussi tout le loisir de photographier de nombreux randonneurs pour une opération « sourire », en vue de recueillir une aide financière d’un sponsor (l’association projetant d’organiser un séjour au Pérou….).

Il ne nous restait plus qu’à nous laisser descendre sur Ceillac, quelque 600 mètres plus bas, mais la descente fut plus coriace que prévu pour certains. Un des bénévoles ne put d’ailleurs pas la réaliser entièrement, à cause d’un problème au pied… Autre source d’incertitude : le ciel jusqu’ici bien lumineux se chargeait de nombreux nuages poussés par un fort vent d’ouest et les prévisions météo du lendemain n’étaient guère optimistes.

Or, il nous faudrait partir pour notre deuxième bivouac, à plus de 2200 mètres d’altitude. Heureusement, Lydie, qui tenait un centre de séjour à Ceillac, nous a tous accueilli, ce qui se révéla providentiel pour le lendemain…

En effet, les quelques gouttes de la nuit se transformèrent en déluge le lendemain matin. Partir en pleine montagne par ce temps semblait peu raisonnable et Aurélien décida de décaler le bivouac au lendemain, modifiant ainsi le programme pour la fin du séjour. Ce fut donc une matinée « détente » pour nous, dans les locaux du centre (ce qui n’était pas un confort négligeable), où chacun pouvait jouer au sec .

Par contre, le mauvais temps fit quand-même une victime : l’une des deux tentes s’effondra sous le poids des poches d’eau qui s’étaient formées sur la toile. Il fallut la patience du mari de Lydie pour redresser les piquets tordus et ainsi réparer tant bien que mal les dégâts… Notre bonne humeur tenace y fut-elle pour quelque chose ?

Les nuages jusque là si envahissants se déchirèrent et disparurent aussi vite qu’ils étaient arrivés vers midi, si bien que nous pûmes sortir l’après-midi, sur un sentier panoramique véritablement suspendu au-dessus de la vallée.

Après une nuit bien froide, nous nous élançâmes sur les rudes sentiers qui allaient nous porter au plus haut de notre périple. Nous devions découvrir deux lacs : le Lac Miroir, paisible étendue d’eau au milieu des alpages et des mélèzes, et le Lac Sainte Anne, lac glaciaire d’un bleu de lagon, au pied de moraines et de parois abruptes, à plus de 2400 mètres d’altitude. Mais ces trésors alpestres se méritaient : il fallut affronter plus de 800 mètres de dénivelé positifs, en remontant des chemins et des pistes de ski certes roulants mais bien pentus.

Fort heureusement, des amis de Lydie sont venus nous prêter main forte, ce qui n’était pas du luxe…

Je te l’ai déjà dit, je trouve que c’est à ces moments-là que le groupe est le plus soudé, où chacun trouve naturellement sa place en contribuant de son mieux à l’effort collectif. C’est là, je trouve, où se trouve la raison d’être de telles excursions avec des personnes à mobilité réduite (et souvent inexistante) : pas seulement une performance sportive, pas non plus un plaisir solitaire, mais un partage, selon les possibilités de chacun, dans un cadre grandiose qui élève l’âme… Tu dois me trouver bien lyrique, mais c’est comme cela que je le ressens et je ne crois pas être le seul.

A la fin de cette journée bien chargée, nous installâmes notre bivouac un peu en-dessous du lac Sainte Anne, à côté de chiens de troupeaux qui ponctuèrent notre soirée et notre nuit de leurs aboiements. Certains d’entre nous crurent aussi, pendant la nuit, entendre des loups, se virent déjà dévorés par quelques créatures fantastiques… Le froid était vif mais le cadre superbe, et la soirée se déroula comme toujours dans la bonne humeur .

Un matin givré inaugura notre dernière journée… Pour clôturer le périple sans efforts démesurés, Lydie nous proposa de découvrir une vallée voisine mais plus sauvage que celle du lac Sainte Anne : le vallon du Tronchet. Nous eûmes quand-même notre dose de montée, aidés par un groupe de vététistes qui, laissant leurs vélos, s’attelèrent aux brancards des joëlettes.

Le résultat fut significatif, nous avalâmes la côte comme si les fauteuils de nos passagers étaient subitement équipés de moteurs à propulsion ! Nous rencontrâmes aussi un groupe possédant une joëlette, dans laquelle se trouvait une jeune fille venue de Guadeloupe avec ses parents. Voilà bien un des charmes de la montagne : dans des coins perdus, isolés, tu peux y rencontrer des gens venus de diverses régions de France et même du Monde, qui parlent ensemble de leur passion commune. Après le pique-nique et surtout une sieste visiblement très utile,

il ne nous restait plus qu’une belle descente jusqu’à Ceillac, à travers les mélèzes et les champs. Ce fut l’occasion pour certains novices de parfaire leur maîtrise de la joëlette, non sans quelques émotions fortes pour les passagers ! La soirée fut festive, une fois les rangements et les douches passés : après un bilan largement positif, nous fîmes bombance en nous régalant d’une tourte cuisinée par un des bénévoles, divers vins et autres boissons sympathiques, génépi …

Le samedi, ce fut le départ et le temps des au-revoir… Entre nostalgie et plaisir de revenir un peu chez soi, le groupe se séparait après avoir vécu une semaine de bonheur partagé, malgré les efforts consentis et la soi-disante barrière entre valides et handicapés… Si j’osais, je dirais qu’en montagne, les seuls obstacles et barrières à franchir ne sont que les cols et les lignes de crêtes…

Voilà donc, cher ami, le récit de ce séjour dans le Queyras. J’espère qu’il t’aura plu et qu’il t’aura donné envie, toi aussi, de venir randonner avec nous. Je me souviens que peu après ton accident de voiture, l’année dernière, tu ne savais pas ce que tu allais faire de ta vie, tout te semblait remis en question, chamboulé, et cela t’angoissait beaucoup. Bien que je ne puisse totalement comprendre ton sentiment, puisque je suis valide, je puis t’assurer que ces passagers que nous avons transportés pendant une semaine restent indéfectiblement des personnes, avec leurs moments de joie, de peine, leurs moments d’enthousiasme, de ras-le-bol. Et justement parce que je ne suis pas handicapé, je suis toujours émerveillé de voir combien ces gens-là aiment la vie, s’y accrochent et se battent pour que leur handicap ne devienne pas prépondérant.

Ils sont donc bien la preuve vivante que l’on peut se (re)construire après et avec un accident, qu’il soit ou pas de naissance, et qu’un tel drame n’empêche pas d’être heureux, au moins de temps en temps… Et c’est tout le bien que je te souhaite : celui d’être heureux malgré tout. Veux-tu que je te dise ? Lorsque tu viendras avec nous à un séjour, je saurai que tu te seras rapproché de ce bonheur.

A bientôt, et bonne fin d’été.

Pascal

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