Népal 2011 : Présentation

Expédition « au bout du bout » de la vallée du Langtang

Présentation du projet

L’association Handi Cap Evasion organise des randonnées en montagne avec des groupes comportant un mélange de personnes à mobilité réduite et de valides, grâce à un fauteuil roulant spécial baptisé joëlette.

Une expédition « horizontale » (en himalaya, 4000 m, c’est un fond de vallée), « au bout du bout », plutôt que verticale vers un haut sommet. Quelle drôle d’idée ! La terre est ronde, alors « le bout du bout » ne serait-ce pas rentrer chez soi ? Et pourquoi aller si loin, et pour y chercher quoi ? mais pour chercher longtemps ! pour chercher ensemble !

Avec les joëlettes, arriver à l’étape est comme atteindre un sommet : un sommet d’entraide et de solidarité. Alors une expédition avec un sommet chaque jour, quel luxe ! Et si finalement l’objectif du voyage était de revenir… transformés. Le seul vrai voyage est le retour.

Faire une randonnée classée comme l’une des plus belles, se donner les moyens de faire un trek hors du commun s’inscrit dans les objectifs de notre association. Bien entendu, seule une petite équipe d’une quinzaine de personnes partira à la découverte d’une autre manière de vivre dans de fabuleux paysages. Mais ce voyage extraordinaire est aussi un rêve pour de nombreuses personnes aussi bien valides qu’à mobilité réduite. Il sera un formidable outil de communication pour faire connaître nos activités mais aussi pour apporter une petite pierre au changement des mentalités vis-à-vis de ceux que l’on désigne comme des personnes handicapées. La préparation de cette belle aventure devrait dépasser les seuls participants et créer une dynamique dans notre association. Nous espérons bien entendu des retombées médiatiques et même financières.

L’idée de cette expédition atypique est née d’une rencontre. Depuis 1999 et le trek au camp de base de l’Everest, les joëlettes n’avaient plus roulé sur les sentiers du Népal, le royaume du trek par excellence. L’envie était intacte, mais il n’est pas simple de réunir toutes les conditions pour un trek en joëlette réussi. Et nous avions envie de réaliser un trek un peu décalé, qui permette un échange avec la population d’une vallée himalayenne.

La rencontre avec le guide de haute montagne Paulo Grobel, habitué des expéditions himalayennes et grand connaisseur des sentiers népalais, nous a fourni l’occasion de construire ce trek sur mesure pour Handi Cap Evasion. La préparation a finalement abouti à repérage sur le terrain au printemps 2010, pour que les joëlettes puissent s’élancer en mai 2011.

La région du Langtang a été choisie pour son accès « relativement » simple depuis Katmandou et son profil plutôt adapté à la joëlette. En effet le Langtang est le massif le plus proche de Katmandou : de Bhakatpur ou de la colline de Swayanbunath au milieu de la ville, on peut apercevoir ses sommets étincelants par delà des collines boisées.

Nous partirons de la jungle qui couvre les flancs de la vallée à Syabrubensi, en remontant le long de la rivière Langtang Khola par des forêts de plus en plus alpines jusqu’à une large vallée glaciaire ou aboutissent les moraines des glaciers descendus de pics acérés.

Consultez aussi le site de Paulo Grobel : une description (en images) du projet est en ligne.

Déroulement du voyage

- J1, Samedi 14 mai, départ de Paris.
- J2, Arrivée à Kathmandu, en début de journée. Dès la descente de l’avion, première expérience de joëlette au Népal de l’aéroport jusqu’à l’auberge du monastère de Shechen à Bouddhanath.
Rencontre avec l’équipe népalaise et en particulier les Nepali joëlette Drivers.
Hébergement à Shechen.

- J3, Un peu de repos pour digérer le décalage horaire, puis quelques koras autour de la Stupa pour améliorer le karma de toute l’équipe.
Hébergement à Shechen.
- J4, Une immersion radicale dans la réalité de la capitale népalaise. Au programme : embouteillages, klaxons et pollution, mais aussi Swayambu, Tamel et Durbar Square.
Hébergement à Shechen.
- J5, Enfin, nous voici dans le bus pour le massif du Lantang et Syabrubensi. Ambiance Far West pour un « bazar » en bout de route.
Hébergement en hôtel à « Buddha Guest House ».

- J6, Un premier pont népalais nous met directement dans l’ambiance, puis il suffit simplement de remonter la vallée, le long de la rivière. Lever matinal pour une première journée très difficile et longue. Nuit au bord de la rivière.
Hébergement à Bamboo lodge, « Bamboo Tibet Lodge » et camping.
- J7, Une montée importante nous dépose à Lama Hotel. Des marches, un sentier raide et peu roulant, beaucoup d’efforts en perspective et une conduite très technique des joëlettes. C’est la partie la plus difficile de l’itinéraire, que du bonheur. Lama Hotel est un ensemble de lodges dans la forêt. Hébergement à Lama Hôtel, en lodge et camping.
- J8, Dans la forêt, un début compliqué puis le sentier devient plus facile. A la première clairière les sommets enneigés du Langtang Lirung nous rappellent que nous sommes en Himalaya. Repas de midi à Thyangsyapu.
Hébergement à Ghoratabela, en camping.
- J9, La vallée s’ouvre et devient de plus en plus alpine, au loin s’éclaire le Ganchenpo. Les joëlettes s’emballent, nos Drivers sont maintenant chez eux.
Hébergement à Langtang Village, chez Karma à Eco Lodge et camping.
- J10, une journée au village de Langtang. Toilettes, repos et balade dans le village. Rien d’autre, c’est « la progression douce... ».
Hébergement à Langtang Village, chez Karma à Eco Lodge et camping.
- J11, Kyanjing, une fromagerie quelques lodges et des yacks, le dernier lieu habité de la vallée. Un trajet roulant, presque une autoroute ! Midi à Sindum, l’un des plus beaux villages de la vallée. Nous voici au cœur du monde bouddhiste avec de grands murs de mani.
Installation à la petite auberge de Lovely Guest House. Lodge et camping.
- J12, une grande vallée ouverte avec des bergeries et un paysage très haute montagne. Une longue journée plutôt roulante mais avec des passages un peu techniques au bord de la rivière. Des troupeaux de yacks nous indiquent que nous ne sommes pas en Vanoise.
Hébergement en camping à Numthang.
- J13, La fin de l’expédition s’approche avec une dernière difficulté. Une rivière tumultueuse où nous nous transformerons en constructeur de pont puis une moraine périlleuse en joëlette. La découverte des alpages de Langshisa est un grand moment... Le bout du bout ! Enfin.
Hébergement en camping à Langshisha Kharka.

- J14, Il est temps de redescendre de notre bout du monde, presque en roue libre ! Mais c’est une très longue journée.
Hébergement à la petite auberge de Lovely Guest House à Kyanjin en lodge et camping.
- J15, Par Langtang Village, nous rejoignons Ghoratabela avec forcément quelques arrêts dans les villages de nos Népali joëlettes Drivers.
Welcome in Nepal...
Hébergement à Ghoratabela, en lodge et camping.
- J16, « Roule ma poule » ! Juste pour Stéphane notre guide Handi Cap Evasion, une descente express pour débrider les joëlettes et se retrouver directement à Syabrubensi.
Une très grosse journée. Hébergement à notre hôtel du départ.
- J17, Retour en bus à Kathmandu, mais cette fois-ci de l’autre côté de la vallée à Nagarkot, pour une vue matinale époustouflante du lever de soleil sur l’Himalaya. Les sommets du Langtang sont à portée de main.
Hébergement en hôtel.
- J18, Une randonnée champêtre dans la campagne népalaise entre rizières et fours à briques pour rejoindre Baktapur, la ville la plus hindouiste de la vallée.
Hébergement en hôtel, à Bagdaon Guest House.
- J19, Une immersion dans la culture Newar avec une journée tranquille pour prendre le temps de profiter de l’ambiance moyenâgeuse de la ville. Un tout autre Népal.
Hébergement en hôtel, à Bagdaon Guest House.

- J20, Changu Narayan, l’un des plus anciens temples de la vallée, le prétexte d’une belle randonnée dans la vallée pour traversée sur le village de Sanku où nous attends le bus pour Boudhanath et la quiétude de Shechen.
- J21, Derniers achats de souvenirs, derniers adieux.
Il est temps de prendre l’avion du retour. Vite, une dernière Kora...
- J22, samedi 6 juin, arrivée en France, séparation de la joyeuse troupe.

L’équipe

L’équipe est constituée d’adhérents d’Handi Cap Evasion ayant tous une bonne expérience de la joëlette. Elle est consituée de :
- Quatre passagers joëlette : Myriam, Jean-Lou, Yann et Martine.
- Une non-voyante : Annie ; qui marchera avec l’aide d’un accompagnateur.
- Dix accompagnateurs actifs, pour la conduite des joëlettes et l’aide à la personne : Patrick, Nicolas, Denis, Catherine, Jacky, Vincent & Vincent, Monique, Solène et Ségolène.
- Un accompagnateur en montagne : Stéphane, le responsable de l’équipe, habitué des séjours en joëlette.
- Un guide de haute montagne : Paulo, notre lien avec l’équipe népalaise, qui tirera aussi la joëlette !
- Nous embaucherons quatre « Nepali Joëlette Driver » pour renforcer les équipages des joëlettes.

A tout cela il convient d’ajouter (autonomie oblige) l’équipe de cuisine avec Cook, Helpers et Kitchen boys !

Dans la région du Langtang, le portage s’effectue à dos d’homme, nous embaucherons donc des porteurs de la vallée pour le transport du matériel et de vivres de l’expédition.

Retrouvez la présentation de ce trek unique sur le site de notre sponsor B2V : http://www.b2v.fr/Client/Images/Videos/handicap_evasion.swf

Nos partenaires

B2V Retraite Prévoyance Mutuelles EOVI FIC SAS Comité d'entreprise GMF

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Népal 2011 - Partie IV et Fin

Quatrième et dernière partie des aventures népalaises. Après la jungle et les sommets du Langtang quelques jours de marche dans la vallée de Katmandou constitutent un "voyage dans le voyage", tant l’ambiance est différente.

Episode précédent

Mardi 31 mai : Nagarkot – Bhakatapur

Lever à 7 heures. Il a plu cette nuit, de larges flaques d’eau tiède baignent les nombreuses terrasses de l’hôtel et le sommet des collines émerge paresseusement des nuages. Pas de lever de soleil sur les montagnes aujourd’hui, donc pas de regret d’avoir fait la grasse matinée. Après l’arrivée surréaliste de la nuit, le paysage se dévoile doucement devant nous.


Au programme ce matin : « repos », ce qui veut dire qu’après le petit déjeuner, la plupart d’entre nous s’activent frénétiquement pour faire de la lessive, sécher, trier le contenu des sacs ou déplier les joëlettes.

A cause de quelques quiprocos propres à tout restaurant népalais, le « repas léger » de midi se transforme en avalanche de spaghettis, nans (galettes beurrées), crêpes et autres pains frits, le tout largement accompagné d’un assortiment de légumes où les rondelles de poivrons verts dissimulent traitreusement des piments qui tuent !

Autant dire qu’ensuite, le décollage pour la « petite randonnée de 3 heures » (en descente) ne se fait pas sur un rythme effréné. D’autant plus qu’il fait très chaud et lourd. Nous suivons la route qui serpente au milieu des pins et des habitations. Nagarkot est un lieu de villégiature prisé des touristes comme des népalais ; les hôtels, « lodges », « resorts » y sont nombreux éparpillés au milieu des arbres. Des panneaux défraichis rivalisent de superlatifs : le « hill top superb view resort » n’est en fait qu’une cabane en planches à l’ombre d’un buisson de bambous. Dans un cadre aussi bucolique, le camp militaire (centre d’entraînement des commandos) ne parait pas très sérieux.



Après une bonne heure de montée (en donc de suée) sur le bitume, nous arrivons au bout de la route, au sommet d’une colline réputée pour sa vue sur les montagnes. Etant donné les nuages qui bourgeonnent de toute part, on ne se donne même pas la peine d’aller jusqu’en haut ; on enchaîne direct par la descente sur une large piste forestière au milieu des pins.



A la sortie de la forêt on s’égare dans un village, les habitants nous remettent fermement sur le bon chemin. La piste descend à flanc de colline en serpentant entre les champs de maïs. La vallée de Katmandou s’étend devant nous barrée par un rideau de pluie qui vient rapidement à notre rencontre. C’est la douche ! L’eau n’est pas froide mais elle rend le chemin glaiseux bien glissant !

L’averse cesse bientôt et le soleil revient. Nous traversons tous fumants un village au bas de la colline. Les champs de maïs font place aux rizières vert tendre dans ce décor se dressent les cheminées coniques (parfois de guingois) de briqueteries, semblables à des tours de Babel.
Le soleil s’estompe et la campagne se drape d’une lumière dorée, mais la ville est encore loin.




Encore des rizières, des potagers et enfin des maisons. A la nuit tombante, nous entrons dans Bhaktapur par les champs, en contournant un large « pond » (bassin) avant de plonger dans les ruelles. Le crépuscule rend cette arrivée encore plus fantastique : les pagodes sculptées se devinent dans la pénombre, amplifiant les bruits et les odeurs, accentuant le caractère féérique de la « cité des dévots ».
La petite balade de 3 heures en aura duré 6 !





Mercredi 1er juin : Bhakatapur

Ce matin, visite de la ville. Bhaktapur est un musée à ciel ouvert, et notre hôtel est en plein centre : au milieu des temples, des pagodes et des maisons en briques aux fenêtres de bois sculpté.

L’ambiance fantastique d’hier soir n’a pas réussi à Cathy qui a entendu des hurlements bizarres dans la nuit !




A deux pas de l’hôtel nous flânons sur « Durbar Square » (la place royale) avec ses temples extraordinaires : pagodes aux poutres finement ouvragées, escaliers de pierres encadrés de sculptures monumentales. Tout cela s’intègre harmonieusement avec la cité : une marchande de légumes a posé ses paniers sur la première marche d’un petit temple, les écoliers en uniforme montent sur le dos de l’éléphant de pierre avant d’aller en classe.

Plus loin c’est l’aspect agricole de Bhaktapur qui apparaît : dans toutes les cours il a du riz. Des gerbes fraîchement moissonnées aux grains mis à sécher au soleil en passant par le battage ou le vannage, les habitants s’activent pour engranger cette céréale qui constitue la base de leur alimentation. Les pigeons se régalent des grains oubliés entre les briques dont les ruelles sont pavées.






On se scinde en plusieurs petits groupes pour mieux déambuler dans la ville. Avec Jean-Lou, Vincent, Monique et Annie nous prenons notre repas de midi dans un restaurant avec une calme cour intérieure. Tellement calme que nous sommes les seuls clients et notre arrivée tire le cuisiner et les serveurs de leur léthargie. Un large parasol nous abrite aussi bien des piquants rayons du soleil que d’une averse soudaine.




L’après-midi quartier libre. La visite de la fabrique de papier artisanal vaut le détour. Au fond d’une petite cour, sur quatre niveaux du sol jusqu’aux toits, un incroyable capharnaüm regroupe toutes les étapes de la fabrication : depuis l’extraction des fibres végétales jusqu’au façonnage des carnets et autres calendriers. Teinture, séchage, impression, découpage, collage, reliure : tout est fait à la main à l’aide de machines d’un autre âge. Emergeant d’un monceau de papier, une tête de Bouddha sculpté contemple une ouvrière assise en tailleur qui découpe de délicats motifs dans un papier décoré de fleurs séchées.




En rentrant à l’hôtel Nico peut assouvir sa passion pour les mangues, tout en sirotant un jus de canne à sucre fraîchement pressé.





Jeudi 2 juin : Bhaktapur – Shanku – Katmandou

Départ en joëlette directement de l’hôtel pour grimper jusqu’au temple de Changu Narayan. La sortie de la ville nous permet de goûter aux joies de la circulation népalaise : klaxons et gaz d’échappement. Mais bientôt nous quittons le tumulte en empruntant une petite route à travers la campagne.





Soleil de plomb, ça chauffe dur sur le goudron, mais pour une fois le terrain est roulant. Une halte auprès d’une fontaine est bienvenue avant d’attaquer la montée sur la colline de Changu. En deux heures à peine, nous y sommes. Changu Narayan est le plus ancien temple de la vallée de Katmandou ; bâti en 464 puis reconstruit au XVIIème siècle, il abrite des sculptures en pierre sans équivalent, qui témoignent de la richesse des royaumes du Népal.


Une enceinte carrée entoure une petite pagode dorée. Elle contient des statues dont la vue est réservée aux seuls regards des hindous.


L’endroit est très calme, dommage de n’avoir pas le temps d’y flâner plus longtemps, mais Stéphane a passé commande pour 12h30 à la gargote à l’entrée du site et le dahl bhat n’attend pas. On mange dans la paillotte où l’on resterait bien faire une sieste à l’ombre des bambous, gagnés par une langueur tropicale. Les joëlettes, garées sur le parking à côté des motos intriguent les rares visiteurs.

Ensuite il s’agit de rallier le village de Shanku, de l’autre côté de la colline par un chemin à flanc au milieu des cultures. Les habitations sont parsemées au milieu des champs. L’odeur des fleurs alterne avec celle des ordures !


Les paysans s’arrêtent sur notre passage. Ils ne voient guère de touristes par ici, encore moins dans de tels équipages. D’ailleurs ils ne veulent pas que nous prenions les sentiers en nous indiquent la piste principale. Mais forts du repérage de Stéphane, nous prenons drêt dans l’pentu par un escalier qui abouti directement au milieu des rizières. Les tenues rouge vif des femmes ponctuent le vert tendre des terrasses. Un buffle échappe à la surveillance de son gardien, distrait par le passage des joëlettes. L’animal laboure un coin de rizière pour se rouler voluptueusement dans la boue grise. Des libellules zèbrent l’air calme.





Au milieu de la vallée, il faut traverser à gué la rivière, tiède et boueuse à souhait. L’eau est tellement douce qu’on se baignerait volontiers dans ce qui doit être un magnifique bouillon de culture.





Une dernière remontée nos mène au village de Shanku, terminus pour les joëlettes. En attendant le bus commandé par Temba pour 17h, on plie les bolides avant des les hisser sur le toit du véhicule.


Direction Shechen, notre « camp de base ». Mais dans les faubourgs de Katmandou nous attend un embouteillage monstre. Tout est bloqué, en une heure nous avons dû avancer de 200 mètres. Les passants nous apprennent que la police a « dispersé » des vendeurs ambulants qui bloquaient la circulation, créant ainsi une émeute. Impossible d’avancer. Le chauffeur fait demi-tour et s’engage dans un labyrinthe de ruelles ou visiblement notre véhicule est hors gabarit. Stéphane et l’aide chauffeur montent sur le toit pour soulever les fils électriques qui se prennent dans les roues des joëlettes.

Finalement nous arrivons à Shechen et sous nos yeux éberlués, le chauffeur fait un demi-tour magistral dans l’étroite courette. Applaudissements !

Vendredi 3 juin : Katmandou

Le matin départ pour Swayanbunath : « Monkey Temple ». Le bus nous dépose en haut de la colline « à l’entrée de derrière » où nous déplions les joëlettes.

Swanyanbunath c’est l’autre grand stupa (avec Bodnath) de la vallée de Katmandou, le royaume des shortens… et des escaliers. Une multitude de petits stupas sont dispersés sur la colline sur de nombreux niveaux, des escaliers zigzaguent au milieu des arbres où vivent des groupes de singes ; jusqu’au grand stupa tout en haut. La visite est un bon exercice de montée et de descente de marches en joëlette. Mais on a l’entraînement.




Après quelques tours du grand stupa et la contemplation de la vue panoramique sur Katmandou, c’est la descente par l’escalier vertigineux. Du haut en bas : 404 marches en une seule volée raide et rectiligne ! (On a compté)








Ensuite nous roulons jusqu’au quartier de Thamel. Le groupe envahit le restaurant « Nepalese Kitchen » pour le repas avant de décréter 1h30 de temps libre pour ceux qui veulent faire du shopping. Guère le temps de flâner !

Il est déjà tard quand nous repartons – toujours en joëlette – pour « Durbar Square », en se faufilant à travers les ruelles bondées.
Stéphane étant resté en arrière pour acheter des bols et des assiettes pour l’intendance HCE (Saviez vous que la vaisselle utilisée lors des séjours vient du Népal ?), nous l’attendons à l’entrée (payante) du « Durbar Square ». Les népalais nous regardent intrigués, on nous pose quelques questions, un attroupement se forme autour des joëlettes. En rigolant Morgane tend le chapeau de Solène. Elle récolte 250 roupies !


Mais il est déjà tard, le bus nous attend pour 18h, la visite de la célèbre place et de ses nombreux temples s’effectue au pas de charge. Dommage, il y a tant à voir ici.




Ensuite il faut ressortir du centre-ville pour rejoindre le bus. Les joëlettes sont prises dans la circulation folle. Ici, traverser une rue est un sport extrême. Il y a des motos partout. D’ailleurs, chaque rue est bordée, de chaque coté, de deux rangées ininterrompues de motos en stationnement. Après une bonne demi-heure de gymkhana ; on plie les joëlettes et on embarque dans le bus pour rentrer à Shechen.





Samedi 4 juin : Katmandou – Paris

Lever à 7h pour nettoyer les joëlettes, les plier et les conditionner pour l’avion. Au soleil dans la cour c’est la suée garantie. On profite une dernière fois du petit déjeuner dans le jardin. Il faut plier et empaqueter toutes les affaires. Et cette fois pas question d’excédent de bagage. Tous les sacs passent à la pesée. Tant pis pour ceux qui rêvaient de revenir chargés de cadeaux souvenirs.

Nous sommes invités pour manger chez Tsiring, Temba et toute la famille, en plus c’est sur le chemin de l’aéroport, pratique. Vers 11h nous nous mettons en route avec les fauteuils (les joëlettes sont définitivement emballées).


Il faut rejoindre le stupa, (et hop encore trois-quarts de tour pour le karma), traverser le boulevard (Olé !) et s’enfoncer dans les ruelles pour rejoindre « la maison ». La dernière rue est « en travaux », c’est à dire complètement défoncée, aargh ! Un jeu d’enfant en joëlette, mais avec les fauteuils, c’est la suée garantie. Isabelle décide de marcher pour les 100 derniers mètres au milieu du chantier… sa béquille rafistolée n’y survivra pas !

Toute la famille nous attend de pied ferme pour nous servir un « massouko dhal baht » tout en haut sur la terrasse, à l’ombre d’une grande bâche tendue en guise de vélum. Délicieux !


La maison est entourée d’un petit jardin potager, rempli à 90% par des plants de… piment. Même les pots de fleur sur la terrasse en contiennent !

Nous sommes vraiment tous prêts de l’aéroport : du haut de la terrasse on voit l’extrémité de la piste où les avions font leur demi-tour après avoir atterri. Cette fois, pas de doute, ça sent la fin du voyage !
Après le repas on reprend notre bus pour rejoindre l’aéroport, ce n’est pas loin mais il faut faire un grand tour pour rentrer par le bon côté, et nous avons à trimballer tous les bagages.

Après un peu de flottement et quelques coups de téléphone de Temba, nous retrouvons l’équipe Handi Cap International qui vient récupérer les quatre fauteuils roulants, les béquilles ainsi qu’un déambulateur, qui resteront au Népal. La béquille d’Isabelle ayant définitivement rendu l’âme, on en pique une dans le tas pour faire un échange standard !
L’enregistrement se passe sans anicroche (tous les bagages en vrac, bonjour l’angoisse s’il en manque à l’arrivée). Deux employés me donnent les cartes d’embarquement éditées sur du vulgaire papier à picots. Puis un troisième (qui ne glande rien) me lance une œillade et me dit sur le ton de la confidence « You are big group, I give you tickets ». Mais les tickets, je les ai déjà, je viens de les recompter deux fois ! En fait c’est juste un prétexte pour m’extorquer un pourboire 10 minutes plus tard !

Une fois remplies les cartes de « désembarquement », passé l’immigration, le scanner et la fouille manuelle des bagages cabine, finalement on est juste à l’heure pour embarquer.

L’avion est arrêté juste devant la porte, on marche simplement jusqu’à l’avion. Du sommet de la passerelle on peut même jeter un dernier regard sur Katmandou, dans la lumière dorée du soir.

Après le décollage, l’avion fait un grand cercle, j’ai le temps d’apercevoir par le hublot les montagnes du Langtang qui émergent des nuages. De l’autre côté de l’appareil Nico voit l’Everest et plus tard les Annapurna.

« Bye bye Nepal », « Pheri Betola » (Au revoir) !

Texte : Denis Flaven et Isabelle Grandclément

Photos : Jean-Lou Ouvrard, Vincent Harre, Frédérique Zeidler, Jacky Ballini et Denis Flaven

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Népal 2011 - Partie III

Après avoir atteint Langshisha Kharka, le trek est loin d’être terminé. Il faut maintenant redescendre jusqu’au point de départ : Syabru Besi puis rentrer à Nagarkot.

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Jeudi 26 mai : Numthang – Langtang

Après le « sommet » d’hier, cette fois la direction est résolument le bas. Ce matin le temps est gris et maussade, on a eu du bol pour la météo hier !

Après le petit dèj, on démonte le camp, les porteurs sont remontés de Kyangin Gompa et récupèrent tous les sacs alignés sur la pelouse, et hop, c’est parti pour une bonne étape de descente.


On passe près d’un petit abri avec un muret en pierre construit sous une grosse roche à quelque distance du chemin. La légende locale dit qu’un lama et son disciple s’étaient établis là, un jour la pierre s’ébranla et menaça de s’effondrer, le disciple s’enfuit, mais le lama retint la pierre… il parait qu’on voit encore l’empreinte de ses mains dans la roche au plafond. Bishal va voir et Karma lui crie des indications (du genre « plus au fond »…) mais apparemment c’est dur à trouver !


On s’arrête au début de « la plaine », sur l’autre rive des bucherons coupent de maigres arbres et entassent le bois à l’abri d’un gros bloc de notre côté. Le tas de bois est déjà bien fourni : l’hiver sera rude. Un grand père arrive et s’arrête comme nous sur la pelouse au bord de la rivière. On partage quelques fruits secs. Il tient à la main une boîte en plastique contenant quelques poignées de sel qu’il monte porter à ses yacks.

La traversée de la plaine et vite expédiée, voici « la plage » et maintenant il faut remonter. Malgré nos exhortations « bistaré ! zig-zag ! », Sonam a pris la corde et tire droit dans l’pentu ! Heureusement, le gazon est roulant et la montée pas trop longue.
Ensuite reste à franchir le ruisseau. La traversée est vite expédiée, le temps menace il fait nettement plus froid et personne n’a envie de traîner sous la pluie.


On arrive à Kyangjin Gompa juste avant l’averse, pour se réfugier à l’intérieur du lodge en attendant le repas de midi.

Dehors il se met à pleuvoir, et ça caille nettement. Personne n’est pressé de repartir une fois le repas terminé. Est-ce que la pluie va s’arrêter ou au contraire redoubler de violence ? Wait and see… avec une couverture chinoise, la sieste sur la banquette est fort agréable.

Paulo part devant, il veut descendre à son rythme à cause de sa cheville toujours douloureuse. La proposition de partir rapidement ne soulève guère d’engouement. Au chaud et au sec, avec la digestion, une douce torpeur nous envahit…
Bon, finalement il faut bien bouger, la descente est encore longue jusqu’à Langtang. On commence à sortir les vestes goretex, kway, capes de pluie, et tutti quanti, ce qui a pour effet de faire cesser la pluie ! Tant mieux ! La descente au sec c’est pas mal non plus.

On retrouve les passages empruntés à l’aller : descente raide jusqu’au petit pont (on est vraiment montés par là ? bigre !), le gros bloc sculpté à contourner toujours par la gauche, les moulins à prière, les murs mani avec leur petits shortens. Ca avance pas mal !

Le soleil est maintenant de retour, une large déchirure s’ouvre dans les nuages au dessus de la vallée. Derrière nous, les pentes qui dominent le village apparaissent : blanchies par une fine couche de neige. Diable, c’est pour ça qu’on n’avait pas chaud ! Mais sous ce soleil tropical, la neige disparaît comme par magie.

La vue est splendide, les cultures d’un vert tendre brillent dans l’atmosphère humide tandis que les rayons du soleil flirtent avec les nuages.
Une dernière descente, et voilà le village de Langtang. On coupe à travers les pelouses pour rejoindre directement Eco Lodge, chez Karma.

Vendredi 27 mai : Langtang – Lama Hotel

Ce matin grasse matinée : le lever est fixé à 7h. Paulo nous quitte, sa blessure à la cheville lui prend vraiment trop la tête, il préfère descendre à son rythme et rentrer directement à Kamtandou pour s’en occuper ; de notre côté nous prévoyons de faire un « détour » par Khangjim demain, avant de descendre à Syabru Besi.

Karma aussi nous dit au revoir, il a des travaux à faire (du bois à couper, etc…) c’est son fils qui prend sa place. Du coup le départ est un peu laborieux, on sent comme un léger flottement dans l’équipe. Mais bon, la descente est plutôt facile, pas trop technique, et puis ça descend.




Au détour du chemin, dans une descente raide, on croise… une équipe de télé népalaise. On ne sait pas trop ce qu’ils sont venus faire ici, mais ils filment les joëlettes et interviewent même Bishal !

Au deuxième pont suspendu de la matinée, on décide de faire une photo de groupe, en profitant du replat de l’entrée du pont. On s’installe comme on peut sur la plateforme en béton avec les montagnes du Langtang en toile de fond.

Un petit vieux arrive par le pont, portant un fagot de bois sur le dos. Il brandit la médaille qu’il porte autour du cou en disant « six cents »… en fait il veut la vendre ! Vincent H. la négocie à 500 roupies. Pensez-donc une authentique médaille du Langtang à ce prix là, c’est une affaire. Voyant que Jacky semble aussi intéressé, le petit vieux fouille dans ses poches et en sort… une autre médaille identique à la première ! En fait il ne paie pas de mine avec son visage buriné, mais c’est un redoutable vendeur ambulant !



Plus bas Morgane nous rattrape lors de la pause. Elle nous raconte qu’elle vient de conclure une affaire en or : elle a échangé ses baskets contre une médaille du Langtang… à un petit vieux qu’elle vient de croiser !



Il fait chaud quand nous arrivons à Goratabela pour le repas de midi. On s’installe en une grande tablée au soleil devant le lodge. Un couple de touristes regarde cette étrange troupe, un peu envahissante.


Le ciel se couvre, il est temps de repartir, une grande descente nous attend avant d’arriver à Lama Hotel. En parcourant le chemin en sens inverse on mesure mieux la difficulté de l’étape à la montée : on a vraiment fait ça ? Balèze !

On replonge à nouveau dans l’ambiance « Jungle » ; il fait d’ailleurs de plus en plus chaud. Mais ce n’est pas désagréable car le chemin est à l’ombre dans la forêt.

Je pilote Annie un moment, pour elle ce n’est pas facile, les joëlettes avancent assez vite et le sentier chaotique est une rude épreuve.

Pause coca à « River Side View » ; on croise quelques touristes, des porteurs et des népalais qui voyagent à pied. Tiens, ils ont tous un parapluie à la main. Le ciel se couvre de plus en plus et on descend toujours. Incroyable qu’on pu monter tout ça ! Maintenant le tonnerre gronde au dessus de la jungle, on va avoir droit à la rincée.

Le blessé du jour c’est Vincent H. : une joëlette l’a sauvagement mordu alors qu’il tentait d’arracher une poignée en faisant semblant d’avoir glissé. Souvenir du Népal : de belles égratignures.

Le couvert végétal nous protège un moment, mais c’est sous une pluie tiède que nous arrivons à Lama Hotel. Vite, tous à couvert dans la « dining room », les « helpers » népalais aussi !

Le thé et les petits gâteaux disparaissent en un rien de temps, même les népalais ne se font pas prier. Sonam fait le malin, mais Dawa à l’air fatigué, il faut dire qu’il a beaucoup donné.

Les jeunes népalais commentent des photos qu’ils se repassent sur le téléphone portable. L’un d’entre eux aperçoit la médaille de Jacky et demande "combien tu l’as acheté au petit vieux ?". D’après lui le prix correct, c’est plutôt autour de 350 roupies !

Morgane continue jusqu’à Rimche, elle nous rejoindra demain au passage.


Samedi 28 mai : Lama Hotel – Khangjim

Aujourd’hui on se paye une « variante » : au lieu de descendre directement à Syabru Besi via Bamboo Lodge, on bifurquera à Rimche pour aller à Khangjim (dont sont originaires la plupart de nos porteurs) via Sherpagaon. Sur la carte, une fois remontés à Rimche, c’est un sentier balcon quasiment de niveau. Le souvenir des escaliers entre Syabru Besi et Lama Hotel est resté bien présent dans tous les esprits, personne n’a envie de redescendre par là, alors autant essayer cette variante.

Ca attaque fort dès le départ avec un bon passage de bloc, juste après Lama Hotel. Je me souvenais assez précisément de cette arrivée, et bien ce n’est pas plus facile dans l’autre sens !

Au sommet de la montée pause à Rimche devant un petit lodge : c’est là qu’on retrouve Morgane. L’endroit est idyllique : eau fraîche, ombre douce ; on s’arrêterait volontiers une journée ici.



Ensuite le sentier s’agrippe en balcon à flanc de montagne. La pente est vraiment très raide, un faux pas en dehors du sentier risque de vous emmener jusque dans la Langtang Khola quelques centaines de mètres plus bas.

Pour un « balcon » il est tout sauf plat. Il y a même un escalier – en descente – comme suspendu au dessus du vide.


On s’élève petit à petit, avec à chaque fois une volée de marches. La rivière s’éloigne peu à peu en dessous de nous.


Temba et Tsiring récoltent des espèces de framboises jaunes dans des arbustes au dessus du chemin. Pas mauvais, mais il y beaucoup de petits grains. On traverse une forêt clairsemée avec des rhododendrons en fleur.

Le sentier franchit une première crête puis une deuxième avant de replonger brutalement dans un cirque, on aperçoit quelques maisons au milieu de terrasses cultivées : maïs, pomme de terre, c’est Sherpagaon. Comme il se doit la pause se fait au lodge d’en bas du village (descente puis remontée d’un escalier très raide).




Le propriétaire du lodge est unijambiste : il a du être amputé suite à une blessure qui s’est infectée.

Les porteurs nous disent que la suite est « saatjilo » (facile), mais le propriétaire me dit que pour aller à Khangjim, c’est « 4 hours, normal way ». On est pas arrivés !

On repart, petite descente technique dans le village pour aller reprendre le sentier principal en faisant le tour d’un mur « mani », puis les escaliers s’enchaînent, ça monte, ça monte sans fin. Depuis la dernière joëlette on aperçoit les autres équipes qui grimpent en lacets. Pour nous encourager Sonam nous explique que le sentier passe par un petit col, qui se devine sur la crête devant nous entre deux grands arbres caractéristiques, pas tellement plus haut. On y croit. Ca bloque devant, pourquoi sont-ils arrêtés ? Soudain la première joëlette réapparait loin au dessus des arbres, presque à la verticale de nous. Quoi ? Le sentier passe là haut ? Les derniers lacets sont ponctués de féroces escaliers qui nous ressemblent plutôt à des murs un peu inclinés. Jamais vu un sentier aussi raide.

















Au sommet une grande terrasse nous accueille pour la pause. On sort la carte, force est de constater qu’après plus d’heure d’effort nous avons avancé d’à peine un cinquième de la distance, et dans la prochaine combe ça monte encore ! Même Sonam semble avoir pris un coup au moral. Les plaisanteries désabusées commencent à fuser : « Encore deux jours de descente comme ça et on sera à Langshisha ». On voit Bamboo Lodge, comme vu d’avion, 1000 mètres plus bas. « Eh Stéphane, on s’est trompés de chemin, c’est là bas le passage » !






Heureusement la combe qui suit est nettement plus facile, pas d’escalier vertigineux, juste quelques marches « normales » qui mènent à une sorte de petit col. Derrière, nous pénétrons dans une forêt de pins ; le sentier quasiment plat, sans une pierre, est tapissé d’aiguilles de pins. On se croirait presque dans une pinède sur la côte landaise, avec même le chant des cigales. Le moral revient, ça avance bien.

Après avoir franchi un autre petit col la descente s’accentue, mais toujours dans la forêt.

Inévitablement, le sentier devient plus caillouteux. Bientôt nous arrivons au milieu des champs, les premières maisons sont en vue, de nouveau le sentier n’est plus qu’un escalier ininterrompu ! Raide avec de grosses marches. Ça secoue, mais c’est efficace pour perdre de l’altitude.


Enfin voici le village, notre « staff » nous attend devant le « Potala Guest House ». Ce soir nous logeons chez Dawa. Il est 17h40, ouf ! Sacrée journée.





Dernier problème à résoudre : toutes les chambres sont en haut, accessibles uniquement par un escalier très raide, genre échelle. Et les toilettes sont à l’extérieur. Où alors, c’est chez Tashi, 50 mètres plus bas, mais avec une configuration identique. Je monte voir. A l’étage c’est encore en construction, les cloisons des chambres ne sont pas toutes terminées, ici un cadre de porte trône au milieu de l’étage. En discutant avec Bishal, un peu fatigué, je m’appuie négligemment contre la cloison… et passe à travers ! La planche tenait juste avec deux pointes mal clouées !

Comme il y a de la place au rez de chaussée, la solution c’est de déplacer des matelas pour loger un maximum de monde en bas. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Avec Vincent P. nous partons poser nos affaires chez Tashi. La maison est plus ancienne mais c’est propre et plutôt plus sympa. Devant la maison, le fils de Tashi (3 ans ?) joue avec une casquette B2V. On m’invite à la cuisine. Assis en tailleur près du feu, devant un « black tea » brûlant, on s’observe en silence. Il y a là : la mère de Tashi, sa sœur et sa femme. Le petit chat se chauffe au coin du feu et évolue si près des flammes qu’il doit parfois se roussir les moustaches.

Bishal arrive pour dire que le repas est prêt chez Dawa. Juste le temps d’avaler mon thé bouillant et de dire au revoir. Bishal s’est fait servir une grande louche d’un truc tiède et transparent. A mon avis, ce n’était pas de l’eau !

Après le repas, pour fêter cette étape mémorable, on demande à goûter le Tchang (« bière » amère de riz fermenté) et le Rakshi (le même mais distillé). Pas facile de faire la fête, tout le monde est trop crevé, et les porteurs sont rentrés chez eux. Mais avec la lumière des néons, il est quand même 21h30 quand je descends me coucher chez Tashi.

Dimanche 29 mai : Khangjim – Syabru Besi

Ce matin grasse matinée et « repos » jusqu’à midi. La descente vers Syabru Besi est courte, ce sera pour l’après-midi.

Levé à 6h, les montagnes en face sont déjà en partie dans les nuages, tant pis pour la vue sur le Paldor. Par contre les spectaculaires lacets de la route, juste en face sont clairement visibles. Au fond de la vallée une autre route est en construction : la frontière chinoise n’est qu’à 17 km en amont de Syabru Besi en suivant le lit de la rivière. Pour le moment la frontière est fermée, mais la route est prête côté tibétain et les chinois construisent activement la route côté népalais. La « Pasang Lhamu Road » devrait bientôt se prolonger jusqu’en Chine.

Petit déjeuner à 9h, et on déjeunera à midi sur place avant d’attaquer la descente. Jacky qui s’est levé tôt, est allé reconnaître le début de la descente et nous annonce qu’on ne manquera pas d’escaliers !


Pour occuper la matinée : visite de la gompa. Pas si simple : 50 mètres de descente, un escalier bien raide pour ensuite remonter un escalier de 20 mètres hyper raide. Athlétique comme visite. Tout ça sous l’œil intrigué des villageois.




La gompa est toute neuve. Tashi m’explique qu’elle a été reconstruite il y a cinq ans. L’ancienne bâtie en terre et en pierres s’écroulait. Les villageois se sont cotisés ou ont offert des journées de travail pour monter les matériaux depuis la route (900 mètres plus bas). A l’extérieur, les moulins à prière sont encore recouverts d’une feuille de plastique.



A l’intérieur les fresques aux couleurs chatoyantes sont flambant neuves, trop nettes pour faire « typique » mais du plus bel effet. Elles ont été peintes à Katmandou, sur une toile qui a été ensuite collée sur le mur. Dans un coin il y a un dessin d’un monastère avec deux moines. Dawa nous explique que cela représente le second d’un grand monastère de Katmandou qui est originaire du village et a donné beaucoup d’argent pour la reconstruction.


Retour au « Potala Guest House » pour le repas (avec « Chocolate Roll » en dessert) avant d’attaquer la dernière étape du trek.

Départ dans le village : raide avec des escaliers. Suite : raide avec des escaliers. Et dire que l’équipe de Joël est montée par là !

Mais ça descend efficace, on plaisante et l’atmosphère est plutôt détendue : ça sent la fin du trek ; d’ailleurs on voit les maisons de Syabru Besi juste en dessous de nous. On traverse à nouveau la forêt de pins : méga raide, voire même glissant à cause des aiguilles de pin.



Une dernière pause pour profiter du cadre ; dans une heure nous seront en bas. Stéphane brade les derniers fruits secs.

La descente se termine au village de Wangel. Champs de « ganja » à profusion. Ici le cannabis pousse tout seul, on marche dessus. Du sommet d’un arbre, un singe blanc nous regarde passer. Dans le village il y a un dernier escalier à descendre (on dirait plutôt un mur légèrement incliné) puis un joli sentier en balcon nous ramène vers Syabru.


Une dernière descente raide, et nous voici au pont. La boucle est bouclée.


Il ne reste plus qu’à remonter sur l’autre rive, puis à rejoindre Bouddha Lodge. Au bord de la route, une troupe d’écoliers s’invite sur notre photo de groupe.


Une fois sur la route, les deux jeunes qui accompagnent la joëltte de Jean-Lou veulent essayer de la manier tous seuls Ca tangue ferme dans l’ultime remontée, même avec Dawa à l’arrière.

En fait toute la troupe de jeunes, est originaire du village de Langtang. Normalement ils sont à l’école à Katmandou, mais en ce moment ce sont les vacances (pour encore 2 semaines). Ils trouvent le trek vraiment cool !

Arrivés à Bouddha Lodge, tournée générale pour toute l’équipe, bière et coca coulent à flot !


Demain les porteurs rentrent chez eux : une heure et demie (népali time) de rude grimpette pour ceux qui habitent Khangjim, une journée pour ceux de Langtang.

Ce soir, douche pour tout le monde, et ce n’est pas du luxe.

Le dîner se termine par un énorme gâteau au chocolat « Vive HCE – Farewell Nepal » préparé par les cuisiniers. Les talents linguistiques d’Ang Babu ont été mis à contribution pour trouver le titre.



Demain départ 6h. Notre bus est déjà là, il nous attend dans la rue.

Lundi 30 mai : Syabru Besi – Nagarkot

Lever 5h, pas trop dormi, on s’est couchés un peu tard et les chiens ont aboyé une bonne partie de la nuit. Le petit déjeuner est vite expédié, et c’est parti pour un transfert d’anthologie.

Première surprise, je monte en premier dans le bus pour poser mon sac, et il y a déjà trois népalais assis à l’arrière : un couple de petits vieux et une jeune fille. Bon. Le chauffeur doit arrondir ses fins de mois, classique. On embarque en bon ordre, et c’est parti.

La route se déroule sans problème jusqu’à Dunche, mais au deuxième contrôle de la police (des militaires en fait), le troufion monte sur le toit inspecter les bagages et redescend avec deux sacs en toile nylon blanche : les bagages des deux petits vieux. On ne voit pas trop ce que c’est, mais il y a un curieux mélange : racines, champignons secs, yarsagumba ? Et même ce qui semble être des morceaux de résine de cannabis. En tous cas, ça ne passe pas ! Les deux petits vieux restent au poste avec leur étrange cargaison.

On repart pour quelques kilomètres, et là, stop ! Devant nous les bus et les camions sont arrêtés. En fait la route est coupée par un glissement de terrain. Impossible de passer.

Il y a déjà quatre véhicules arrêtés devant nous. Temba va aux nouvelles « (Bull)dozer is coming ». On attend, une heure, deux heures… la pluie reprend, un grondement : le tonnerre ? Non, l’éboulement se poursuit. Jacky sort son jeu de tarot… les heures passent.





Finalement le soleil revient. On pointe le nez dehors. La vue plonge en dessous de nous, jusqu’à rivière 1500 mètres plus bas. Des passagers d’autres bus traversent (en se hâtant) l’éboulement pour reprendre un bus de l’autre côté. Que faire, décharger, passer à pied (avec les joëlettes), c’est assez craignos (il tombe sans arrêt des cailloux plus ou moins gros). Vers midi je discute avec Temba, doit-on faire demi-tour quitte à dormir à Dunche et revenir demain ? Il vaut mieux attendre sur place, car demain matin l’éboulement peut se produire à nouveau, c’est fréquent à cet endroit. D’ailleurs le chauffeur du bus a disparu. Alors on attend.


Vers 13h, il commence à faire faim. Avec Stéphane on décide de prendre nos sacs à dos et d’aller chercher des trucs à grignoter au village en franchissant l’éboulement. Mais comme par magie, le cuisinier surgit (en fait avec toute l’équipe de cuisine, il était dans le bus arrêté juste devant le notre) monte sur le toit de son bus et ramène des paquets de biscuits et un fromage. Qui a un couteau ?

L’attente se poursuit, le soleil tape et il fait chaud. C’est bon signe, ça fait sécher le terrain. IL est 15h quand une rumeur se répand le long de la route « dozer is coming ». C’est vrai un camion apporte une pelle mécanique. Une fois la pelle déchargée, tout le monde la suit en procession pour la voir dégager la route. Le conducteur doit avoir à peine 18 ans, il est accueilli par des hourras quand il passe devant notre bus.



En deux temps trois mouvements les gros rochers sont poussés dans le vide et la terre rapidement tassée : la route est rétablie. Nous avons attendu 6h sur place ! La voie est dégagée, mais il faut patienter encore 10 minutes, le temps de laisser passer tous les véhicules qui montent.

Le chauffeur revient et c’est reparti. Pas pour longtemps. Deux kilomètres plus loin la route (qui n’est pas goudronnée à cet endroit) présente une raide remontée avec de profondes ornières. Le bus qui nous précède s’y reprend à deux fois pour franchir le passage. Notre chauffeur s’arrête à bonne distance de la pente et fait signe à tout le monde de descendre. Il veut alléger le bus au maximum et prendre de l’élan pour franchir l’obstacle.

Première tentative, ca patine arrivé à peine à mi-pente. Raté. Tous freins serrés, le bus repart en luge en marche arrière ! Il faut dire que les pneus ne sont plus de première jeunesse. Alors forcément, ça glisse.

Deuxième tentative : pas mieux, mais cette fois l’aide chauffeur glisse des pierres derrière les roues pour empêcher le bus de repartir en arrière. On met des petits cailloux au fond des ornières devant les roues, et tout le monde pousse. Un mètre de gagné, puis deux, puis ça coince. Damned ! Les ornières sont trop profondes, le bus est posé sur le pont arrière. Changement de tactique. Tout le monde devant, on le pousse en arrière pour le dégager. Mais rien n’y fait, le roues patinent avec une vieille odeur de caoutchouc brûlé. Bloqués !



L’aide chauffeur s’empare du cric et disparait sous le bus pour le soulever. Il est à quatre pattes dans la boue, à placer un cric sous un bus qui risque de glisser en arrière quand il sera dégagé. Pas cool !

Après plusieurs tentatives infructueuses, le bus finit par être dégagé. On remblaie au maximum les ornières avec des pierres plates, on se remet derrière et sur les côtés, et on pousse tous ensemble. Après quelques oscillations inquiétantes, ça passe. Il est temps de remonter en voiture, on est juste crépis de boue des pieds à la tête.

Derrière nous, le camion benne qui nous suit s’élance, patine, et se plante au même endroit ! A chacun son tour !

Le reste de la route défile sans encombre, à 17h arrêt au premier village important rencontré. C’est l’heure du repas (on rattrape celui de midi et on fait le repas du soir en une seule fois). Au menu : Dhal Baht « local », c’est-à-dire qui arrache. Vite du riz !

Le soir tombe, on repart, la vue est superbe avec ce ciel nuageux et le vert tendre des rizières. Il fait de plus en plus chaud, la fatigue se fait sentir, dans le bus on somnole. Nico, Solène, Yann et Morgane, montés sur le toit, hurlent des « Namasté » à tous les népalais que l’on croise.



Cette fois il fait complètement nuit, nous avons rejoint la route Pokhara – Katmandou, la circulation est intense (camions, bus, mini-bus) et ça coince dans la montée vers le col : accident, panne ? On reste arrêtés un bon quart d’heure.

Le col est passé, on descend sur Kamtandou, « Ring road » est vide à cette heure-ci (il est 22h). Quand soudain : pffff ! Crevaison ! Pas de doute, on entend distinctement un sifflement s’échapper la roue avant gauche. Arrêt forcé. Un quart d’heure pour changer une roue à la lueur des lampadaires, pas si mal !

La route est maintenant plus étroite, nous ne sommes plus sur « Ring Road » mais sur la route de Nagarkot. Ca monte, ça tourne, on approche.

Arrivés dans Nagarkot, il faut encore trouver le chemin de l’hôtel. Bishal est appelé à l’avant pour guider le chauffeur. A un embranchement, Stéphane dit « à gauche », la route se rétrécit encore. Soudain à 50 mètres des lumières : « C’est là ».

Seul petit problème : dans le dernier virage il manque un gros morceau de macadam. Le bus s’engage, la roue avant plonge dans le trou et le bus manque de renverser ! Changement de tactique : tout le monde descend (enfin ceux qui peuvent).

Il est minuit, nous sommes en route depuis dix-huit heures d’affilée, et je ne m’imagine pas faire navettes sur 50 mètres pour porter toutes les affaires (ainsi que Jean-Lou) jusqu’à l’hôtel. Mais le bus allégé arrive à contourner l’obstacle et se gare devant la porte du « New Dragon ». Ouf !

Les bagages sont déchargés en vitesse, les joëlettes alignées devant l’entrée, et on se répartit un peu en vrac dans les chambres. Ce soir, pas besoin de nous bercer !

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Texte : Denis Flaven et Isabelle Grandclément

Photos : Jean-Lou Ouvrard, Vincent Harre et Denis Flaven

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Népal 2011 - Partie II

Suite de l’expé Népal : de Bamboo lodge jusqu’au bout du bout. De la jungle jusqu’aux alpages du Langtang : des escaliers, des escaliers et encore des escaliers, mais pas que...

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Vendredi 20 mai : Bamboo Lodge – Lama Hotel

Lever 5h pour un départ à 7h. Aujourd’hui nous attend l’étape annoncée comme la plus difficile. Je suis confiant après le « test » d’hier, mais avec la fatigue, comment allons-nous réagir ?


La réponse arrive dès les premiers tours de roue : ça va pas être facile ! La journée d’hier a laissé des marques ; les jambes sont lourdes ce matin, pourtant les premiers mètres (une fois passés les escaliers des lodges) sont plutôt faciles le long de la rivière, il fait même frais. Mais l’étape va nous paraître bien longue ! La solution : échanger de place, faire tourner les postes, surtout que nous avons de sérieux renforts népalais en la personne de Karma. Il tire très fort sur son côté et nous apprend des rudiments de népali en échange de quelques mots de français.

Petit lexique franco-népali à l’usage de la joëlette :

Bistari – lentement

Ek, doui, tin – Un, deux trois ! (Ca c’est pour franchir les grosses marches)

Mati dzané – Monter (Aller en haut)

Tara dzané – Descendre (Aller en bas)

Gumné dzané – Tourner

Le secret c’est de ne surtout pas calculer, anticiper ou raisonner, mais grignoter l’étape petit à petit, marche après marche, escalier après escalier. Et ça fonctionne ! Voilà le pont suspendu, et juste après une petite maison de thé le long de la rivière, c’est l’heure de la pause.




Yann fonctionne au Coca, mais il a perdu sa paille. Temba lui en fabrique une avec une tige de bambou !

On repart, avec la fatigue les « runs » se font plus courts. Parfois 50 mètres, parfois une petite volée de marches, mais ça avance. Petit à petit on voit apparaître des népalais qui, quasiment sans mot dire, s’emparent de la joëlette. Un petit miracle. En fait ce sont les porteurs, une fois l’étape finie ils reviennent nous aider. C’est doublement bon signe : l’arrivée est proche et l’aide est toujours la bienvenue. Finalement (et pour respecter la tradition) un bon escalier bien raide nous dépose sur la terrasse d’un petit lodge au milieu des arbres : c’est la pause de midi.

Ça fait du bien, en plus la fin de l’étape est censée être plus facile. Chaque pas nous rapproche du gain de notre pari ; car c’en est un : s’extraire de la jungle et goûter aux sensations de l’altitude.

Après le repas (« salad », saucisses et « tibetan bread ») on repart cahin-caha. Le terrain est un peu plus roulant (enfin pas longtemps), mais ça grimpe et toujours ces foutues marches !
Mais bientôt de plus en plus de népalais viennent à notre rencontre… Porteurs ? Voisins ? Famille ? Villageois ? Je ne sais pas trop, mais il est clair que cela va au-delà de notre équipe.

Pause sur le sentier pour reprendre notre souffle. Tout à coup la frondaison des arbres se met à bouger. « Bandaar » crie Bishal : des singes. Toute une troupe de petits singes blancs virevoltent quelques instants au dessus de nos têtes.
Plus on approche de l’étape, plus notre troupe grossit. Un monsieur qui nous regardait passer depuis son jardin au dernier village, surgit tout à coup à côté de moi ! Tiens il a pris son parapluie, mais de l’autre main il empoigne la joëlette et pousse comme il peut ! Nous partîmes 25, mais c’est plutôt à 50 que nous arrivons à Lama Hotel sous un petit crachin.

Ouf, il est 14h, l’étape est finie. Et de deux !

(Avec les pauses, nous avons donc mis 7h pour joindre Bamboo Lodge à Lama Hotel, distants de 3,5 km à vol d’oiseau !). On a explosé l’échelle de difficulté HCE en ajoutant le « infernal ou « népalais », après le « chaotique » d’hier.

Deux énormes tas de sacs nous attendent devant le lodge : à droite les « bedding » (c’est-à-dire la pile de nos affaires perso), à gauche tout le ravitaillement de notre équipe pour dix jours. Impressionnant.

Ce soir nous dormons à nouveau en lodge, mais c’est notre équipe qui fait la cuisine. Au menu « momos » (gros ravioli tibétains cuits à la vapeur) et « pakoda » (beignets de légumes). L’occasion d’enrichir notre lexique franco-népali : « Déré mito tsa » (C’est très bon).



Visiblement il manque un peu de place pour caser tout le monde au sec, une averse nocturne provoque quelque remue ménage et le chef cuistot (Tsiring) se retrouve dormir au milieu du couloir !

Samedi 21 mai : Lama Hotel – Ghoratabela

Lever programmé à 6h car l’étape est plus courte. En fait nous dormons la fenêtre ouverte pour aérer un peu, et de l’autre côté de la fenêtre il y a… tout le matériel entassé par les porteurs et l’équipe de cuisine… qui commence à s’agiter sur le coup des 4h30 ! Seul Jean-Lou qui a coupé son appareil auditif ronfle comme un sonneur. De l’autre côté du lodge (et à l’étage) ce n’est guère mieux, ils ont une vue directe sur la cuisine. Ambiance ! Autant dire que la nuit a été courte. Mais bon, des trombes d’eaux nocturnes il ne reste qu’une relative fraîcheur… et beaucoup d’humidité. Pas étonnant que l’intérieur du lodge sente un peu le moisi, ici au milieu de la forêt couverte de mousse, de lichen et de fougères.

Le terrain est plus « facile », c’est-à-dire qu’avec une bonne coordination on arrive à avancer en étant « que » quatre pour une joëlette ! Un progrès par rapport à hier.
Et le sous-bois est magnifique : une lueur belle lueur vert-dorée tombe des frondaisons ; il fait frais. Au détour d’une clairière, une barrière blanche apparaît au fond de la vallée : ce sont les flancs enneigés du Langtang Lirung. C’est classe de voir ça depuis dans la jungle.


On continue à avancer en faisant un peu tourner les postes, avant, côté, arrière. C’est dur mais il y a des moments pour souffler et le chemin est splendide. La rivière n’est jamais très loin. Si le chemin s’élève au dessus (parfois abruptement), c’est pour mieux plonger la rejoindre quelques instants plus tard.





Vers 11h nous arrivons à une belle clairière près de la rivière, avec un petit lodge (forcément nommé « River Side ») et une pelouse rase.


Le premier replat depuis trois jours ! Le sentier emprunte ensuite ce qui ressemble à un ancien bras de la rivière (avec de gros rochers rond, un plaisir en joëlette) pour atteindre une deuxième clairière, plus grande.


Un lodge au milieu, ce sera notre pause de midi. Il est 12h pile, pour les repas on arrive à tenir l’horaire. Le soleil cogne car nous ne sommes plus à couvert, double dose de crème solaire indispensable.

Une heure plus tard il faut bien redécoller. Et c’est reparti : un escalier, un palier, un escalier, un palier… mais il y a quand même de moins en moins de descentes, nos efforts sont récompensés en mètres d’altitude gagnés.




Sur le sentier on croise maintenant de nombreux locaux. Chose curieuse ils ont tous un petit paquet bleu à la main. Une coutume locale ? Non, une grande feuille de plastique qui sert d’imperméable, la rincée est pour bientôt !

Notre équipage cale un peu dans la grande montée avant Ghoratabela, heureusement un coup de main vigoureux des autres équipages nous tire de ce mauvais pas. Arrivés au sommet il y a foule sur le sentier, les joëlettes sont l’attraction de la vallée. Mais pas question de s’arrêter, il faut arriver avant la pluie. On enquille dans la foulée la descente qui suit, pour caler misérablement au pied de la remontée et attendre du renfort. Finalement nous arrivons tous à bon port, dix minutes avant l’averse.

Réfugiés au sec dans le grand lodge tout va bien. Quand la pluie cesse, la muraille du Langtang Lirung étincelle, c’est l’heure des photos.



Le patron du lodge saute à la corde avec les filles, puis teste le jeu des cochons. D’ailleurs il est né l’année du cochon, il a 49 ans.

Pendant le repas Paulo branche Karma et Tashi sur le rapport des locaux avec le parc national. Après une première réponse « Tout se passe bien », Paulo insiste en disant qu’il habite aussi dans un parc national, qu’il y a parfois des problèmes pour construire, etc… la discussion se lance alors à bâton rompus. Pour construire les habitants de la vallée doivent acheter les pierres et le bois au parc, les « Sunghurs » (sangliers) font souvent des ravages dans les cultures, mais d’un autre côté la forêt est protégée contre les brûlis… ils nous expliquent le système de taxes de lodges qui parait assez impénétrable… comme chez-nous quoi !

La soirée s’allonge en jouant aux cartes ou en discutant dans la « dining room » confortable. Le patron a fait du feu dans le poêle et des néons alimentés au solaire éclairent largement la pièce. Avec tout ça on tient bien jusqu’à 20h ! Après, au lit, demain lever 6h.

Dimanche 22 mai : Ghoratabela – Langtang




A priori l’étape du jour est plus courte et plus roulante, les difficultés sont plutôt derrière nous. Effectivement le départ est plus roulant, la forêt (« jungle ») est terminée nous traversons maintenant des petits prés entrecoupés de buissons, il y a des vaches (« dzos », hybride de vache et de yak) gardées par des papis. Chacun a sa cabane avec armature en bambous et toit en chaume, ou mieux en bâche plastique orange.




On s’élève petit à petit jusqu’à une bonne montée bien raide, avec à peine des lacets. Ca manquait, tiens !

Mais nous sommes à l’ombre de l’escarpement, il fait frais et on ne manque pas de bras. Heureusement car l’altitude (on dépasse maintenant les 3000 m) commence à se faire sentir. Nous coupons le dernier lacet par un « raccourci » à travers champs pour arriver à un large replat avec quelques lodges. C’est la pause de midi, alors qu’il est à peine 10h !


En fait c’est surtout la pause « dhal baht » des porteurs qui eux n’ont pas déjeuné ce matin. Et comme l’étape est courte, l’équipe de cuisine s’est aussi installée là pour ne pas faire deux arrêts. Nous voilà tous désœuvrés, coupés en plein élan.

Pour occuper cette longue pause, on discute et on observe les népalais autour de nous. L’endroit n’est pas vraiment un village, simplement deux ou trois lodges sur le bord du chemin. Il y a un métier à tisser en plein air, sur lequel une dame tisse un moment avant de le laisser en plan. Un homme fait la sieste au soleil… sur une table. Tout cela est bien lymphatique. L’ambiance nous gagne, on s’agite mollement en attendant le repas de midi. Le soleil est cuisant, mais à l’ombre on gèle à cause du vent. Sensation bien connue de l’altitude.




Enfin le repas arrive : « sandwichs » et frites. Il est 11h, on mange comme si on avait faim !

Ensuite c’est reparti pour quelques escaliers, toujours durs à passer sur la digestion ! Le temps se voile et il fait moins chaud, heureusement car l’étape est finalement encore longue.

La pause au « Tea Shop » au sommet des escaliers est la bienvenue pour requinquer l’équipe.




(Razzia sur le stock de Mars de la boutique).

Langtang n’est plus très loin, il y a encore un grand pont suspendu à franchir (qui dit pont, dit remontée à suivre).





Voici enfin le village. Nous allons à Eco Lodge, chez Karma, évidemment c’est en haut du village (sur le côté, un peu à l’écart) et il y a un chemin vaguement pavé qui roule mal, pour y parvenir. On jette quelques forces histoire de faire bonne impression à l’arrivée, car la famille de Karma nous attend.

Devant le lodge il y a une grande pelouse et sur le côté un potager avec une serre.



Vincent, Solène, Monique, Jacky et Yann entament une partie de passe à dix avec un ballon de handball tiré d’un sac. (On est pas fatigués !)

Ici c’est grand luxe, « solar hot shower » (le nom népalais de l’eau froide) et courant électrique ! (il y a une petite centrale en aval de Langtang). Dans la pièce principale les népalais ont tous mis leur téléphone portable à recharger. Il n’y a pas de réseau, mais tous ont un portable. Il sert à la fois d’appareil photo, de chaine hifi, d’album photo…

Pour entrer dans la « dining room » il faut passer par la cuisine. Il y a une gazinière (qui a dû monter ici à dos d’homme), mais c’est toujours le feu de bois qui semble utilisé. Évidemment, c’est plus convivial pour s’assoir autour !

Au menu ce soir : pizza aux champignons ! Je ne sais pas comment font les cuistots, mais c’est délicieux !

Après le repas, Paulo nous fait un topo sur le MAM (mal aigu des montagnes). Point en faveur de notre acclimatation, nous montons lentement, en respectant la règle « pas plus de 300 m entre deux nuits ». Heureusement pour nous, car la principale méthode préventive : ne pas faire trop d’efforts, n’est guère compatible avec la pratique de la joëlette !

Après le repas Karma me dit que ce soir, ils vont se coucher tard car ils ont des visiteurs. En effet, une fois couchés on entend encore du bruit du côté de la cuisine. Un tambourin ? On dirait qu’il y a une « puja » (cérémonie) chez Karma. A un moment, un des participants sort et pousse quelques hurlements dans la nuit. Ca fait partie du cérémonial pour chasser les démons, ou bien ils sont bourrés ?

Lundi 23 mai : Langtang – Kyangjin Gompa

Départ « cool » (en descente) en coupant à travers les pelouses pour rejoindre le village. On passe devant la gompa. Shorten, drapeaux et moulins à prière au milieu d’une large pelouse. Magnifique dans le soleil matinal. L’occasion de faire une photo de groupe !


Le chemin traverse ensuite le village. Les habitants s’activent et, dans chaque cour entourée de murs, de nombreuses choses sont mises à sécher : céréales, légumes ou bouse de yack !

C’est l’occasion de voir un peu la vie de cette vallée, car c’est le premier vrai village que nous traversons. Nos étapes précédentes n’étaient en fait que des regroupements de lodges. Ici les gens vivent toute l’année, ils cultivent la terre, font de l’élevage et fabriquent du fromage.

Sur le plateau au dessus du village nous empruntons un sens unique népalais : le large chemin est séparé en deux au milieu par un mur « mani » constitué de pierres sculptées portant l’inscription « Om Mani Padme Om » en sanscrit. Pour son karma, il vaut mieux passer à gauche.



Pause à proximité du village de Sindum. Des enfants regardent notre étrange équipage. On leur offre des fruits secs, qu’ils mangent à pleines poignées.





Passe un troupeau de quelques yacks en pleine transhumance. Il y a beaucoup de jeunes veaux qui s’égaient dans toutes les directions, le berger à fort à faire pour canaliser tout ça, tout en transportant une perche en bambou d’au moins 5 mètres de long au sommet de laquelle flotte un drapeau blanc. C’est, parait-il, pour guider les yacks, on la plantera dans le nouvel alpage ; version népalaise de « ralliez-vous à mon panache blanc », visible de loin mais pas très pratique à trimballer.






Presque au bout du plateau, dans les alpages, une petite maison bâtie sous un gros rocher. C’est la traditionnelle pause thé. La « didi » qui tient l’endroit vend aussi des bijoux et autres bibelots.



Plus loin le sentier rejoint le bord de la rivière, une curieuse cahute enjambe un petit affluent. A l’intérieur : deux moulins à prières entraînés par le courant.

Pour le repas de midi, l’équipe a dressé notre table dans l’enclos d’un petit lodge au bord du sentier. La meilleure place c’est contre le mur du lodge, à l’ombre et à l’abri du vent. Au moment de repartir la propriétaire des lieux nous fait comprendre qu’on ne lui a rien acheté… Cathy puise dans la caisse commune et négocie un achat groupé de Mars. Ca pourra toujours servir en cas de fringale !

Un énorme rocher sculpté et peint de « Om Mani Padme Om » (sens giratoire par la gauche) marque l’emplacement d’un petit pont en béton. Le village n’est plus très loin, il ne reste plus qu’une montée… très raide, histoire de bien sentir l’approche des 4000 m.

Dans la cour du lodge « Lovely Guest House », les enfants viennent voir les joëlettes. C’est sûr que par ici, les engins avec des roues sont plutôt rares.



Mardi 24 mai : Kyangjin Gompa – Numthang

La majesté de l’endroit se révèle au soleil du matin. Alors que le village est encore dans l’ombre, les sommets alentour étincellent. Seigneur des lieux le Langtang Lirung nous domine. Kishung, Yubra, Ganchenpo, Urkinmang : tous ces sommets font plus de 6000 m.



« Un sacré décor pour une salle de bains » dit Jean-Lou en se brossant les dents !

Il faut zigzaguer entre les logdes pour atteindre une vaste pelouse au sommet du village. Les porteurs nous dépassent. D’abord l’équipe de cuisine, reconnaissable aux hottes avec les grandes bassines, puis le reste des porteurs. Il y en a deux qui portent carrément des tables en bois ! (En fait il y avait des tables de camping dans le matériel à transporter depuis Syabru Besi, mais en apprenant qu’on ne s’en servirait que pour le camp du haut, les porteurs ont préféré les laisser et négocier l’emprunt de tables à un lodge de Kyangjin Gompa !).

Un petit chemin en balcon nous emmène jusqu’au torrent à franchir à gué au milieu des blocs. Paulo prend carrément Annie sur son dos et passe sans coup férir. Pour les joëlettes c’est plus variable, Denis C. butte sur un bloc et manque de s’étaler dans le torrent, Olé !






Après c’est du billard : descente en pente douce sur un petit gazon dru jusqu’à « la plage » : un vaste replat sablonneux qui cède bientôt la place à de l’herbe parsemée de petit iris violets. Les yacks sont ici chez eux, ils paissent par dizaines dans le fond de la large vallée. Derrière nous le Langtang Lirung brille de mille feux ! Une vraie carte postale himalayenne : yacks, pelouse fleurie, glaciers et ciel bleu !







Au bout de la plaine, le sentier longe la rivière et redevient par moments plus chaotique, mais on avance bien et vers 11h nous voilà au « kharka » (alpage) de Jatang. Ce sera la pause déjeuner du jour. Pique-nique, c’est-à-dire « pack lunch » en langage de trek, car l’équipe de cuisine est allée s’installer directement au camp.



L’objectif du jour est quasiment en vue, à peine masqué par un repli de terrain, pas la peine de se presser, la pause s’étire avec une sieste au soleil pour tout le monde.

Quelques vallonnements plus tard, le camp est en vue, le décor est déjà en partie planté : au centre un mât tenu par quatre guirlandes de drapeaux de prière (c’est bon pour le karma et la déco) et une ribambelle de tentes : tente mess (pour 18 !) tente pour la cuisine, toilettes, chambres de deux ou de trois. Tout le confort d’un vrai camp de base. Il est vrai qu’on restera ici deux nuits, alors autant s’installer confortablement.

C’est ici qu’arrive un être bizarre aux pieds roses, très rare en cette saison, qui s’avère être une trekkeuse solitaire répondant au doux nom de Morgane qui a élucidé enfin une énigme : c’est quoi cette trace de roue par ici ? Elle connaît Paulo, trouve la joëlette sympa et promet de revenir nous filer un coup de main.


On s’installe tout confort dans notre tente. Une tente calibrée « 6 places » pour trois, c’est pas mal. Dans la tente il fait chaud et on est à l’abri du vent qui remonte la vallée. Allez, hop, une petite sieste en attendant l’heure du repas, il paraît que c’est bon pour l’acclimatation.

Mercredi 25 mai : aller-retour à Langshisha Kharka

Temps superbe, digne d’un « summit day », pas un seul nuage en vue. La table du petit déjeuner est mise au milieu de la pelouse, on attend l’arrivée du soleil pour s’extraire du duvet.


Cette nuit il a fait -5°C dans la tente. Petite forme pour Jean-Lou qui a très mal dormi (en fait il a oublié de prendre ses médocs hier soir…)

Deux porteurs ont trouvé des Yarsagumba (littéralement « fleur l’été insecte l’hiver » en tibétain) un peu plus haut sur le versant en face notre camp.

Les chinois attribuent à cette chenille parasitée par un champignon des propriétés tonifiantes et aphrodisiaques. Chaque brindille se vend ici 130 roupies, en Chine cela vaut 10,000 euros le kilo, on comprend que le trafic suscite des convoitises.

Il est temps de se mettre en route, l’objectif du « bout du bout » n’est plus très loin, mais le sentier pour y parvenir n’est pas facile. Après la pelouse, le chemin est parsemé de galets, ça cahote pas mal. Ensuite on bute sur une traversée de torrent. Le petit pont est constitué de deux planches parallèles. La plus large fléchit de manière inquiétante sous la roue de la joëlette, pourvu que ça tienne !

Jean-Lou est plus que fatigué, il s’endort carrément sur la joëlette alors que ça secoue fort ! C’est l’altitude qui lui fait ça ? Bizarre ! (On découvrira plus tard que pour se rattraper de son oubli de la veille au soir, il a mangé ce matin tous ses médocs de la journée… et la petite pilule marron du soir, et bien, elle fait dormir !).

Paulo a mal à la cheville, et il boîte. Son entorse s’est réveillée. C’est sûr que la rando en joëlette ce n’est pas un traitement idéal. Il envisage un instant de faire demi-tour et de rentrer au camp, mais finalement décide quand même de nous accompagner jusqu’au bout, même si ce n’est pas une partie de plaisir avec la cheville en vrac.

Après le torrent on arrive bientôt au pied du mur, c’est-à-dire de la moraine. Un sentier abrupt monte sur son flanc. C’est plutôt roulant mais vraiment très raide (même en cotation népalaise). On passe les joëlettes deux par deux avec un équipage renforcé : pas moins de cinq costauds pour chaque joëlette. Une pente pareille avec l’altitude – nous sommes à quasiment 4200 m – ça calme !


Ensuite le sentier en balcon contourne la moraine pour arriver à un petit col où la vue s’ouvre sur le fond de la vallée. Superbe. Pas un nuage, devant nous apparaît une longue vallée barrée par une gigantesque muraille de glaciers. On devine Langshisha Kharka, il nous suffit presque de tendre le bras pour l’atteindre. Au dessus de nous le sommet du Langshisha Ri déroule son dôme glaciaire prolongé par un pic acéré.





Cette fois rien ne pourra nous empêcher d’atteindre notre objectif, dans une heure tout au plus on y sera. L’instant se savoure. Pour moi c’est maintenant la réussite qui balaie tous les doutes ; voilà l’endroit que je voulais atteindre avec les joëlettes, c’est magique.

On repart, une petite descente (donc il faudra remonter au retour), encore quelques cailloux sous la roue, mais c’est quasiment en roue libre que nous atteignons le kharka où l’équipe de cuisine nous attend pour le repas. Ils ont même déployé sur l’herbe une grande bâche bleue pour le pique-nique.




On est arrivés !! Quelle émotion ! Ça mérite bien des cris de joie (et même des bises).


Le repas se transforme bientôt en sieste…

Avant de repartir il faut quand même pousser jusqu’au « bout du bout » et aller voir ce fameux rocher mythique.

C’est un gros bloc, au bout de la prairie surmonté de quelques drapeaux de prière défraîchis. Karma nous raconte la légende fondatrice du Langtang :

« Il y a longtemps la vallée n’était pas connue des hommes, qui vivaient de l’autre côté des montagnes au Tibet. Un jour un troupeau s’échappa. Le propriétaire se mit à sa recherche et franchit le col qui bascule au Népal, en suivant les traces du bétail (il y aurait une empreinte de sabot dans la pierre près du village de Briddhim). Il remonta la vallée de la Langtang Khola et trouva le troupeau à un endroit qu’il nomma « Langtang » (littéralement « l’endroit des chevaux »). Mais un jour des bêtes s’enfuirent à nouveau vers l’amont. Le paysan les suivit jusqu’au bout de la vallée, où il trouva un des chevaux mort. Il nomma le lieu « Langshisha » (littéralement « cheval mort »). La peau du cheval fut mise à sécher sur un des rochers (celui qui a la grande tâche rouge) et les entrailles sur un autre (celui qui est rayé gris et blanc). »

L’endroit est depuis vénéré par les habitants du Langtang, des cérémonies y ont lieu tous les deux ans à la pleine lune du mois d’août. Elles durent trois nuits et toute la vallée y participe. Sur un côté de la prairie un rocher allongé représente le cheval mort, il est surmonté d’un petit cairn avec des « katas » (écharpes blanches).

En repartant on passe près de ce fameux rocher et Temba y dépose sa propre kata tandis que Karma enfouit quelques roupies sous un caillou !

Après une remontée au petit col qui coupe un peu les pattes (les népalais dévorent les derniers fruits secs), on attaque la descente de la moraine. Bien raide mais roulant, ça passe sans soucis avec un peu de technique. Jean-Lou se réveille et, n’en croyant pas ses yeux, demande si on est vraiment montés par là !


Il reste encore à franchir le torrent (avec toujours la planche qui faiblit, mais heureusement ne rompt pas) et encore pas mal de sentier « boum boum » avant de rejoindre la pelouse et le campement. Ouf, sauvés, on arrive au camp juste avant l’averse.

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Texte de Denis Flaven et Isabelle Grandclément

Photos de Jean-Lou Ouvrard, Vincent Harre et Denis Flaven

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Népal 2011 - Partie I

Première partie du récit de l’expé Népal : le voyage, l’arrivée Katmandou et la première journée suivie du transfert à Syabru Besi et le début du trek...

Dimanche 15 et lundi 16 mai : de Roissy à Katmandou

Nous avons rendez-vous à Roissy à 19h car notre avion décolle à 22h. Tout le monde est à l’heure et l’enregistrement se passe plutôt bien. Sauf qu’on a trop de bagages. Eh oui, les joëlettes (et leur emballage) pèsent finalement 32 kilos (et non pas 27 comme je l’avais calculé) et Jean-Lou arrive avec 4 sacs d’affaires à donner ! 30 kilos au bas mot !


Ceci mis à part, l’avion décolle à l’heure, l’escale à Abu Dhabi se déroule sans problème (3 heures à attendre dans un « duty free » sans intérêt). Une surprise l’équipe d’assistance qui prend en charge les passagers handicapés est constituée de népalais ; le plus jeune, qui parle bien anglais, veut absolument que nous allions à Chitwan, dans la plaine du Teraï pour visiter le parc naturel et ses éléphants… pas vraiment notre programme !

La nuit dans l’avion ayant été courte, on est déjà un peu déchirés en reprenant le deuxième vol, qui nous amène sans encombre à Katmandou.

Là un employé zélé nous prend en charge et nous fait gruger (à Yann et moi) toute la queue des demandeurs de visa ! Ensuite grande chasse au trésor pour récupérer tous les bagages. Tout est là, même l’accoudoir du fauteuil de Yann qui s’était détaché durant le transport.
A la sortie de l’aéroport, Paulo, Temba et Bishal nous attendent.


On monte les joëlettes sous l’œil intrigué des passants et de la police de l’aéroport, et roule ma poule ! C’est parti pour nos premiers tours de roue au Népal. Il fait chaud, moite, on transpire à grosses gouttes, mais les abords de Katmandou au coucher du soleil c’est quand même quelque chose. Petit avant goût de la circulation népalaise : ici on roule « généralement » à gauche, et tiens, au détour d’un « parc », un temple en forme de pagode et… des singes !

Passé un grand boulevard, nous nous enfonçons dans des ruelles plus calmes pour arriver à la « Guest House » du monastère de Shechen.

Ce sera notre camp de base. Des bougies éclairent les tables alignées au milieu du jardin, pour notre premier dîner népalais, forcément ce sera un « Dhal Baht » (riz, lentilles, quelques légumes : le perpétuel plat national népalais – à Shechen le restaurant est végétarien).

Mardi 17 mai : Katmandou

Aujourd’hui journée « cool », on a quand même lé décalage horaire (4h15) et la fatigue du voyage à récupérer. Petit déjeuner en ordre dispersé, avant d’aller faire quelques tours de stupa (nous sommes à quelques centaines de mètres de du grand stupa de Bodnath).


Surprise aujourd’hui c’est la foule, renseignement pris c’est l’anniversaire de Bouddha, les népalais se pressent autour du stupa. Journée faste pour les mendiants de Katmandou, qui ce sont tous donnés rendez-vous ici.



Quelques tours (de stupa) plus tard, nous rentrons à la Guest House pour le repas.



Après midi, une promenade un peu plus sérieuse (montée sur la colline pour voir le monastère de Kopan), histoire de mettre à contribution Bishal, Ang Babu et Tsiring qui vont nous aider à tirer les joëlettes.



Du sommet de la colline on découvre la vue sur la vallée de Kamandou et un magnifique stupa « kitsch » surchargé de décorations.

Pendant que Paulo nous explique les peintures qui ornent le porche du temple, un moine arrive et nous ouvre la porte de la grande salle de prière. On peut rentrer ? Oui, même en joëlette, mais à condition d’enlever ses chaussures.




Retour à Shechen par un raccourci (quelques escaliers en descente) pour arriver avant l’averse qui menace.

Les plus motivés retournent faire quelques tours de stupa. La nuit tombe, c’est l’heure de pointe, il faut jouer des coudes dans la ruelle. Les stands des lampes à beurre font des nappes de feu vif, orangé, qui ondulent au rythme des bourrasques.
Après l’apéro et le repas, il faut boucler les sacs et aller se coucher, car demain, départ pour le trek, on décolle tôt.

Mercredi 18 mai : Katmandou – Syabru Besi

Départ programmé à 6h, « népali time ». A l’heure dite, tout le monde est prêt, mais pas de bus en vue. Temba arrive en nous annonçant que finalement nous aurons deux bus, un pour les bagages et « le staff » et un autre pour nous. Mais le deuxième bus manque à l’appel, en fait il est à la recherche de carburant ! En attendant on va faire deux tours de stupa pour s’occuper et booster notre karma. Vers 7h, chargement du bus et départ… pour Katmandou, toujours à la recherche d’essence. Deux arrêts plus tard, c’est enfin parti ; heureusement il n’y a pas trop d’embouteillages et nous sortons rapidement de la ville. Les kilomètres défilent, nous arrivons à Trisuli Bazaar pour le dahl baht de midi. Notre bus se gare devant le « restaurant » bloquant ainsi la circulation de la rue principale. C’est vraiment le bazar.

Nous avons maintenant quitté la grande route qui joint Katmandou à Pokhara et il y a sans arrêt des travaux avec de gros engins : bulldozer, pelle mécanique, rouleau compresseur, tractopelle. Ca bosse dur et ici pas de déviation (d’ailleurs il n’y a qu’une seule route) alors il faut parfois se faufiler au beau milieu d’un chantier.

On profite d’un arrêt « travaux » pour monter sur le toit du bus ; air frais et vue panoramique, c’est la classe, surtout avec un coussin de joëlette sous les fesses. Mais juste avant Dunche, le temps se couvre et une ondée nous chasse à l’intérieur. Finalement nous arrivons à Syabru Besi, il est 15h, la pluie a cessé.

Le « staff » de cuisine se met en branle et nous sert un thé avec des biscuits.
Nous voici à pied d’œuvre, au fond d’une profonde vallée très encaissée dont les parois semblent comme recouvertes de mousse. Un peu en amont, on devine une profonde entaille dans le flanc de la vallée, c’est la Langtang Khola, notre destination. Une discussion s’engage entre Stéphane, Paulo et Bishal : faut-il monter par cette vallée comme l’a repéré Stéphane, ou passer par un village en amont « Kangjin » comme l’a fait Joël avec Bishal ce printemps ? La discussion est tendue, mais finalement on reste sur l’itinéraire « classique ». Demain lever programmé à 5h pour un départ à 7h, il est temps de se mettre au lit.

Jeudi 19 mai : Syabru Besi – Bamboo Lodge

Lever 5h au champ du coq. Selon le rituel du trek, Temba nous apporte le « bed tea », pas mal pour se mettre en train. Ensuite direction le petit déj, puis on finit de préparer les joëlettes. Pendant ce temps là, grand déballage dans la cour, l’équipe des 40 porteurs s’organise.


Départ ponctuel à 7h, le temps est gris, le ciel plombé. On commence par remonter la rue principale. Première difficulté il faut monter sur un bloc pour contourner un camion car il y a des travaux qui barrent la route. Juste avant le pont, premier « check post », Paulo baratine le planton en népali en lui disant que le sirdar (Temba) est derrière avec les permis et on passe sans coup férir.

Une fois le pont suspendu franchi, il faut évidemment remonter. On sort les cordes et Stéphane essaye d’ordonner un peu les équipages. Bon, la première montée remet les idées en place. Au sommet du raidillon le chemin traverse le vieux village de Syabru jusqu’à un deuxième pont suspendu… suivi du premier escalier népalais.


Ca calme !

Surtout qu’on voit bien que ce n’est que le premier d’une longue série.




Bon an mal an, avec quelques relais pour les escaliers et l’aide de Myriam et Yann qui marchent dans les passages les plus accidentés, le groupe avance petit à petit.



Pause « fruits secs » à 10 h, on sort des sacs les raisins, amandes, noix de cajou et « dattes fossiles » achetés à Katmandou. Personne ne l’exprime, mais le doute est bien là qui pointe son nez. La question taboue c’est « c’est encore loin la pause de midi ? ».

Personne n’ose la poser, on a tous peur de la réponse.

Les nuages se sont dissipés et maintenant le soleil cogne dur. Après avoir franchi un troisième pont suspendu, il y a un petit « Tea Shop » avec deux maisons. Paulo et Annie nous y attendent depuis une heure. Ruée sur les cocas mis à rafraîchir dans une bassine, pour le plus grand bonheur de la « didi ». Elle a dû faire son chiffre d’affaire du mois en une demi-heure !


Les porteurs nous ont attendus et nous observent depuis la terrasse du haut. Un couple de japonais, la soixantaine, nous regarde passer un peu ébahis.
Mais bon, on n’est pas venus pour acheter du terrain, il faut repartir ; trois zigzags très raides, avec des marches (forcément), nous attendent. Yann, Isabelle et Myriam marchent un peu pour alléger les joëlettes. Mais rapidement il faut recharger nos passagers, en pleine montée. Pas si facile. Heureusement les porteurs nous donnent un coup de main avant de redescendre chercher leur charge. Sympa !



Ensuite les escaliers s’enchaînent : montée, descente, remontée, redescente. Très peu de plat.



Les perspectives le long de la rivière sont parfois hallucinantes (sans même fumer les herbes qui poussent à profusion dans le sous-bois), il fait très chaud, mais heureusement de grands arbres nous abritent.


Enfin quelques maisons avec des drapeaux colorés : Paro. La pause de midi est en vue. Une dernière volée de marches bien raide nous ôte toute feinte aisance à l’arrivée. On s’écroule sur un fauteuil de jardin une tasse de « juice » à la main.


C’est l’instant de doute. Chacun jauge sa fatigue et suppute la longueur restante de l’étape. De toute façon, les escaliers franchis nous enlèvent toute vélléité de demi-tour. Par ici la descente n’est guère plus facile que la montée. Autant continuer. Mais en serons-nous capables ?

Le repas nous requinque, mais il faut repartir sans traîner. Sans même le dire, il est entendu que l’arrivée est encore loin ! La séquence continue : escalier montant, escalier descendant, escalier montant…

Après deux heures de ce traitement la fatigue commence à se faire sentir, même Bishal peine. Heureusement des porteurs redescendent nous aider. Au début ça dépotte tellement qu’on a du mal à suivre le mouvement, du coup ils ont moins d’aide et ça les calme rapidement. D’où l’apprentissage du mot le plus utile en népali : « bistari » (doucement).

Une pluie tiède s’est mise à tomber, pour les accompagnateurs, ça ne change rien, de toute façon on était déjà trempés de sueur. Finalement Bishal dit « Bamboo Lodge ten minutes », hourrah, c’est gagné !!

Une dernière descente un peu technique pour franchir un chaos de blocs… trois volées de marches à monter (ce sera autant de fait pour demain) et nous voilà arrivés. Il est 16h30.


On est bien au sec dans le lodge, la musique de la pluie se conjugue au rugissement de la rivière.

Ensuite cadence infernale : thé et petits gâteaux à 17h, suivis du repas à 18h (avec « Banana pie » en dessert). Il est 19h15, l’heure d’aller se coucher, Jean-Lou résume d’un mot l’étape du jour : « cahotique » !

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Texte : Denis Flaven

Photos : Jean-Lou Ouvrard, Vincent Harre et Denis Flaven

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Retour à Bhaktapur

Nous sommes de retour à Bhaktapur après 12 jours de trek.

Les joëlettes ont atteint "le bout du bout’ (Langshisha Kharka) sans casse, ni problème majeur.
Mais les sentiers népalais, c’est quelque chose ! Marches d’escalier à profusion. Et il n’y a que deux sortes d’escaliers ici : les escaliers qui montent raide et ceux qui descendent raide.

En chemin nous avons fait une nouvelle recrue : Morgane, qui nous accompagne sur la fin du trek !
Après un transfert épique (départ de Syabru Besi à 6h du matin pour une arrivée à Nagarkot à minuit), avec glissement de terrain, embourbement, bouchon et crevaison, la totale !nous sommes "descendus" en joëlette à Bhaktapur pour découvrir une autre facette du Népal.

Nous découvrons les temples bouddhistes et hindouistes mêlés, on sirote un jus de canne à sucre en mangeant de la mangue.

Et... les photos, c’est pour très bientôt !

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